Uutiset - A l'agenda

Deux artistes finlandaises exposent à Paris

L'art finlandais s'invite à Paris ! La Villa des Arts organise, du 29 mai au 11 juin 2017, une exposition d'œuvres de deux artistes finlandaises, Mmes Silja KEJONEN et Liivia SIROLA, au 15, rue Hégésippe Moreau (75018) : une excellente occasion d'apprécier la vigueur de la création contemporaine sur les rives de la Baltique.

http://www.villadesarts.paris 


 

Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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Le Maréchal MANNERHEIM

Le Maréchal MANNERHEIM

Maréchal Mannerheim 

Lors d’un moment critique de son histoire, chaque pays connaît un homme qui se dresse, tel un roc, en France, le général de Gaulle, en Angleterre, Winston Churchill. Pour la Finlande, aux premiers jours de son indépendance, ce fut le futur Maréchal Mannerheim. Aux moments dramatiques, où l’existence même du pays était menacée, il fut le drapeau de la Finlande.

C’est dans un pays, grand-duché russe, qu’il naît le 4 juin 1867, d’une famille suédophone, installée dans la région de Turku depuis le début du XIXème siècle.

Cette période fut capitale pour la Finlande qui connaît son premier développement tant économique, politique (il existait une armée finlandaise) que culturel, avec l’affirmation de la langue finlandaise.

Le jeune Gustave Mannerheim se destine rapidement pour une carrière militaire « me battre avec un sabre ou un fusil du haut d’un cheval me convient mieux que de rester assis sur une chaise dans un bureau ». Mais ce ne fut pas l’école militaire finlandaise qui l’accueillit, mais la prestigieuse école de cavalerie de Saint-Pétersbourg en 1887. Sorti cornette en 1889, il est admis au prestigieux régiment des Chevaliers gardes. Son séjour près de la Cour impériale lui permet d’acquérir une culture que nous appelons actuellement européenne. Grand cavalier, il sillonne l’Europe dans le cadre de sa fonction au service des remontes et commande l’escadron modèle de l’école de cavalerie.

Mais l’horizon politique s’assombrit pour la Pologne, les pays Baltes, la Finlande persécutés par le nationalisme russe qui ne veut plus accepter les particularismes régionaux. La Finlande souffre particulièrement et perd son armée autonome. Officier de l’armée russe, Mannerheim reste fidèle à son serment bien qu’il désapprouve la politique du gouvernement.

Lorsque la guerre russo-japonaise éclate en 1905, en garnison en Pologne, il se porte volontaire pour le front de Mandchourie malgré la désapprobation de sa famille, ses deux frères sont partis en Suède. Lieutenant-colonel, il fait preuve de courage et détermination, mais critique face au caractère rétrograde de l’armée russe.

En 1906, une mission exceptionnelle lui est confiée, explorer les confins russo-chinois du Turkestan et du Sinkiang, afin de déterminer des possibles voies d’invasion, le péril jaune étant à son paroxysme en Europe à cette époque. Ce voyage, de près de deux années, camouflé en expédition scientifique, s’avère être, non seulement une mission de renseignements militaires, mais aussi une expédition scientifique de tout premier ordre, cartographique, géologique, archéologique, ethnographique, linguistique (à la recherche des origines de la langue finnoise).

La vie de garnison reprend et la première guerre mondiale trouve le Général Mannerheim à la tête d’une brigade de cavalerie de la garde impériale.

La loyauté fut toujours sa qualité première et il combat comme général russe pendant toute la durée de la guerre sur ce front, face à l’hostilité grandissante envers la Russie du peuple finlandais, hostilité qui ira pour certains jusqu’à former un bataillon de Jäger allemand qui combattra l’armée russe.

En septembre 1917, commandant d’un corps de cavalerie sur le front roumain, le Général Mannerheim se considère délié de son lien de fidélité avec la Russie et est mis, sur sa demande, à la retraire pour « opinion non-conforme avec le nouveau régime ».

A Helsinki, le Sénat proclame, le 6 décembre 1917, l’indépendance de la Finlande. La place du Général Mannerheim est dans son pays et après un voyage difficile (volontairement il revêt son uniforme pour voyager), il se met à la disposition des autorités civiles, malheureusement divisées politiquement, en ce qui allait devenir les blancs et les rouges. Général inconnu, son ascendant le fait désigner comme commandant des gardes civiques.

Son passé d’officier russe le conduit à appliquer une stratégie des grands espaces au lieu de s’enfermer dans la capitale. qu’il considère temporairement comme perdue. Il s’installe en Ostrobothnie et, malgré l’impatience des civils, se consacre à la formation de la nouvelle armée finlandaise, réalisant le difficile amalgame entre les gardes civiques, les « jäkkâri », les volontaires, les anciens officiers de l’armée finlandaise ou russe. Il demande l’assistance de la Suède, pays dont il sera toujours proche, mais le gouvernement social-démocrate refuse toute aide. La situation se reproduira en 1939. Seuls, des volontaires rejoindront l’armée blanche.

Mannerheim connaît également des difficultés avec les autorités civiles, qui, germanophiles, demandent l’aide de l’Allemagne, ce qui provoque sa colère. L’offensive contre les rouges se déclenche le 15 mars 1918 par l’assaut de Tampere qui tombe après de durs combats le 5 avril. Afin d’éviter une libération de la Finlande par les unités allemandes de Von der Goltz qui viennent de débarquer, l’offensive blanche s’accélère et Vipurii est prise le 29 avril. Malgré une armée de formation récente, le Général Mannerheim a réussi une campagne exceptionnelle.

Après le défilé de la victoire du 16 mai, le gouvernement, toujours germanophile, veut un commandement allemand à l’armée finlandaise et proposer la couronne de Finlande à un prince, Frédéric Charles de Hesse, beau-frère de Guillaume II. Mannerheim refuse une telle situation, se démet de ses fonctions et quitte le pays le 2 juin. A l’opposé des politiciens, peu compétents en politique étrangère, il a compris que le pôle de gravité de l’Europe n’est plus à l’est, Allemagne-Russie, mais à l’ouest, France-Angleterre.

Le réalisme est également une de ses qualités Aussi, part-il vers ces deux pays plaider la cause de la Finlande et convaincre Clemenceau et Lloyd Georges que son pays est dans le bon camp et il réussira, en particulier pour une aide alimentaire.

La situation intérieure dramatique conduit le gouvernement finlandais à proposer à celui qui était parti dans le silence, le titre de Régent et ce en vertu de l’ancienne Constitution de 1772.

L’année 1919 est l’année de la réorganisation du pays, le Régent insiste, sans toujours beaucoup de succès, sur une amnistie pour les rouges.

Ayant mis en place une nouvelle Constitution qui prévoit un Président de la République, il est amené, à son corps défendant, à se présenter et, comme Churchill en 1945, est battu. Ingratitude des peuples !

Les année 20 sont une période de voyages, Europe, Afrique du Nord, Indes mais, bien que retiré de la vie publique, il a de nombreuses activités sociales en Finlande, président de la Croix Rouge, de la Fondation pour l’enfance, s’intéressant au mouvement scout.

Les hommes politiques qui l’avaient évincés, revinrent vers lui et le convainque en 1931, de prendre la présidence du Conseil de Défense. Bien que anti-communiste déterminé, il n’est pas favorable au violent mouvement de droite, dit mouvement de Lapua. D’autres soucis l’absorbe, l’armée finlandaise, son armée. Il se bat pour lui obtenir de maigres crédits,

Ryti, futur président, ne dit-il pas en 1931 « Mais à quoi bon accorder ces grands crédits à l’armée, puisqu’il n’y aura pas de guerre ». Elevé à la dignité de Maréchal, mais lassant les politiques par son insistance, il est surnommé le maréchal bougon.

Sa vision stratégique s’oppose à celle terrienne des gouvernants.

A la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne, vient s’ajouter le 14 avril 1938 une demande secrète de négociations de la part de l’Union soviétique, motivée par la question de la vulnérabilité de Léningrad. Les différentes demandes  soviétiques, la vente, la location, l’échange d’îles dans le golfe de Finlande, de terrains sur la frontière, sont refusées systématiquement par le gouvernement finlandais qui tient peu au courant le maréchal.

Celui-ci, avec son réalisme brutal et sa connaissance de la Russie, aurait penché pour une attitude plus flexible, allant jusqu’à accepter de reculer la ligne de la frontière jusqu'à celle de 1811. Lassé de son impuissance, il veut démissionner de son poste mais le 30 novembre 1939, mais il est contraint de reprendre ses fonctions de commandant en chef.

En effet, la guerre d’Hiver vient de commencer avec l’attaque soudaine de l’armée rouge dans l’isthme de Carélie et les bombardements aériens des villes finlandaises.

Compte tenu du manque criant d’équipement, artillerie de campagne, anti-char, anti-aérienne, blindés, le maréchal a un moment de pessimisme, il estime que la guerre durera seulement deux semaines et regrette d’être contraint à l’automne de sa vie de « présider à une tragédie ». Mais il se ressaisit vite et, grâce au courage, l’énergie, à la neige aussi, le sang froid exceptionnel du maréchal, l’ennemi, dix fois supérieur, est rejeté hors des frontières. L’opinion mondiale découvre enfin la Finlande au travers des photos des correspondants de guerre sur un front entièrement blanc.

 

Le maréchal se fait fort peu d’illusions sur l’aide internationale, quelle soit diplomatique ou militaire. Le pacte germano-soviétique empêche toute réelle intervention des forces franco-britanniques. Au grand regret du maréchal, la solidarité nordique ne joue pas plus.

Réaliste, dès le 26 janvier 1940, il recommande au gouvernement de négocier une paix.

Le 13 mars, la bataille de « l’Hiver de l’Honneur » est terminée. Elle a coûté plus de 20.000 morts à la Finlande et la perte de territoires historiques, comme la Carélie occidentale.

Une période difficile commence pour le pays et le Maréchal Mannerheim qui reste commandant en chef. Son premier travail est de maintenir l’armée presque sur pied de guerre, d’incorporer le matériel enfin arrivé de différents pays ou récupérés suite aux défaites des divisions soviétiques.

Le problème le plus crucial reste la solitude de la Finlande. L’Union soviétique est toujours menaçante, la France a été défaite, l’Angleterre est isolée dans son île, les pays baltes ont été absorbés par Moscou. Il ne reste plus que l’Allemagne qui, après une neutralité presque agressive durant la guerre d’hiver, prépare son combat contre son ancien allié, l’Union soviétique. Différents contacts ont lieu, privés ou semi-publics entre allemands et finlandais. Contraint par la nécessité, le maréchal, malgré sa haine du nazisme, ne s’oppose pas à un rapprochement militaire qui se concrétise par des facilités accordées à l’armée allemande en Laponie. Il ne peut empêcher la création d’un bataillon SS finlandais qu’il fera revenir dès qu’il le pourra.

Le 22 janvier 1941, les armées allemandes attaquent l’Union soviétique de la Laponie à la mer Noire. Suite à un bombardement russe sur la Finlande, le 25 juin, c’est autour des armées finlandaises de franchir la frontière imposée en hiver 1940. Le but unique est de récupérer le territoire annexé et non de participer à la guerre allemande. Point important, la Finlande ne sera pas alliée du Reich, mais co-belligérante.

A l’automne, le terrain perdu est reconquis et même agrandi de terres anciennement finlandaises. Le front est stabilisé jusqu’au printemps 1944 sur le lac Onega à Petrozavodsk et le long de la rivière Svir.

Par contre, Mannerheim ne veut en aucun cas participer au siège de Léningrad - ce qui a vraisemblablement sauvé la ville - ni couper le chemin de fer de Mourmansk, artère vitale pour l’arrivée du matériel américain, évitant ainsi une déclaration de guerre des USA.

Le 1er décembre 1941, Churchill lui écrira personnellement pour essayer de le convaincre d’abandonner le camp de l’Axe et Mannerheim le remerciera vivement de lui avoir écrit.

L’échec de l’offensive allemande sur Moscou durant l’hiver 41/42 lui amène des doutes quant à la victoire allemande. L’hiver suivant, la défaite de Stalingrad le conforte dans sa volonté d’arrêter le conflit avec l’Union soviétique. Il révèle aux principaux hommes politiques de son pays la situation réelle et non celle de la propagande allemande.

Lors de son soixante quinzième anniversaire, il reçoit le titre de Maréchal de Finlande et Hitler, inquiet de l’évolution finlandaise, vient personnellement le féliciter.

Les pourparlers engagés à Stockholm durent plusieurs mois, les conditions de paix soviétiques sont trop draconiennes. Les négociations étant rompues, l’offensive soviétique dans l’isthme de Carélie débute le 9 juin 1944, trois jours après le débarquement de Normandie. Devant la puissance de cet assaut, le Maréchal Mannerheim est contraint de demander une aide allemande, mais le soutien allemand équivaut à une vassalité. Le président Ryti se sacrifie et signe, ensuite démissionne, la signature avec l’Allemagne n’engageant que lui. Le 26 juillet, le maréchal est élu président de la République. « Je commence mon chemin de croix » dit-il.

Les négociations reprennent et un armistice est signé le 19 septembre.

Parmi les clauses de l’armistice, se trouve l’obligation de chasser les allemands de Finlande, ce sera la troisième guerre, celle de Laponie qui se terminera en mai 1945. Une autre clause impose la participation de communistes au gouvernement présidé par Paasikivi et en particulier le ministre de l’intérieur.

Le maréchal, face à la commission de contrôle alliée dirigée par Jdanov, pratique une politique de normalisation des relations avec Moscou, mais avec fermeté et dignité.

 

Il considère par contre que le président du conseil fait trop de concessions, mais est-ce possible de s’opposer aux exigences soviétiques.

Trois affaires vont dramatiser la situation, l’arrestation de 20 finlandais et leur envoi en URSS, la découverte de caches d’armes pour une éventuelle guérilla en cas d’occupation soviétique et le procès des criminels de guerre, soit une soixantaine de personnes. Le maréchal n’en fait pas partie car il est considéré par les soviétiques comme un adversaire loyal et un partenaire politique respecté.

 

Sa santé ébranlée par les soucis et la fatigue de ces cinq années de conflit le conduit à un premier séjour au Portugal en novembre 1945. Mais il attend la clôture du procès des criminels de guerre pour démissionner le 4 mars 1946. Opéré d’un ulcère de l’estomac, il se retire en Suisse. Son mal s’aggravant, il décède le 28 janvier 1951. Son corps ayant été ramené à Helsinki, des obsèques nationales eurent lieu le 4 février 1951.

Sur sa tombe, la belle devise des Mannerheim fut inscrite :

PRO CAUSA CANDIDA    ENSO CANDIDO

Pour une Cause Pure Avec une épée pure

 

Le Maréchal Mannerheim fut un militaire, mais jamais un dictateur malgré les grands pouvoirs qui lui avaient été confiés et son prestige immense dans le pays, il fut respectueux du pouvoir civil bien qu’il en regrette souvent l’étroitesse d’esprit, grand patriote, partisan intraitable d’une Finlande indépendante, mais réaliste, pragmatique, tenace, ayant une vision stratégique, à long terme, humain, homme de culture, il fut un grand européen.

 

 

 

Jean-Louis Ricot