Uutiset - A l'agenda

Deux artistes finlandaises exposent à Paris

L'art finlandais s'invite à Paris ! La Villa des Arts organise, du 29 mai au 11 juin 2017, une exposition d'œuvres de deux artistes finlandaises, Mmes Silja KEJONEN et Liivia SIROLA, au 15, rue Hégésippe Moreau (75018) : une excellente occasion d'apprécier la vigueur de la création contemporaine sur les rives de la Baltique.

http://www.villadesarts.paris 


 

Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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La Finlande dans la Guerre de Continuation (1941-1944) : sauver l’indépendance nationale au milieu des totalitarismes

par M. Jean-Louis RICOT

            Pays démocratique, récemment indépendant et de puissance fort modeste, isolé diplomatiquement, flanqué par les totalitarismes soviétique et nazis, la Finlande de 1940 se trouva bien malgré elle entrainée dans la terrible spirale de la Seconde Guerre mondiale. Trois mois après la signature du pacte germano-soviétique, alors que la Pologne est à nouveau dépecée, que les pays baltes tombent sous l’empire de Moscou et que les Alliés occidentaux se figent dans leur « Drôle de Guerre », la Finlande est attaquée par l’Union soviétique le 30 Novembre. L’existence du pays est en menacée ; l’esprit d’unité nationale s’empare alors des dirigeants et de la population. Pendant quatre mois, elle livre seule une lutte inégale mais désespérée ; et malgré les succès de sa stratégie défensive, Helsinki doit accepter les dures conditions de la Paix de Moscou. Un an plus tard, l’opération Barbarossa -lancée par les Allemands contre l’URSS- se présente pour les Finlandais comme une opportunité d’effacer le dictat : c’est la guerre de « Continuation » (1941-1944).

            Défendre leur toute jeune indépendance et préserver leur identité face aux Soviétiques, tout en gardant leur distance et leur liberté vis-à-vis des Nazis, tel fut le subtil et dangereux jeu d’équilibriste auquel durent se livrer les Finlandais pendant toute la durée du conflit. Ils surent habilement utiliser leurs atouts de sorte qu’avec le Royaume-Uni, la Finlande fut le seul pays belligérant en Europe a n’avoir jamais été occupé dans cette guerre.

            Loin des clichés réducteurs, Jean-Louis RICOT nous livre ici une analyse rigoureuse du contexte de l’entrée en guerre de la Finlande aux côtés des Allemands, de la conduite des opérations et de la grande stratégie de l’Etat-major finlandais. L’auteur rappelle que cette guerre, les Finlandais la livrèrent exclusivement pour leur pays, pour leur indépendance.

 

PREMIERE PARTIE : La solitude de la Finlande

 

« L’héroïque petite Finlande » telle qu’elle était appelée dans le monde fut contrainte de signer le Traité de Moscou le 13 mars 1940. Mais les finlandais ne voient en ce traité qu’une trêve. Une question se pose encore chez certaines personnes, comment ce pays si démocratique, si intégré dans la communauté  occidentale a-t-il pu repartir en guerre contre l’Union soviétique côte à côte avec l’Allemagne nazie. L’histoire de ces treize mois mérite d’être développée pour répondre à cette question.

Le Traité, adopté par 145 voix pour, 3 contre, 9 abstentions et 42 « absents », impose des clauses drastiques à la Finlande : perte de 30.000 km2 dont la Carélie, vieille terre finlandaise, contraignant à l’exil 400.000 habitants, l’occupation d’Hanko position stratégique entre golfes de Botnie et de Finlande. Par contre aucune clause militaire n’est prévue et Petsamo avec ses riches mines de nickel est restitué. Le préambule rappelle la garantie de sécurité de Leningrad, Mourmansk, port libre de glace, et de la voie ferrée de cette ville vers le sud. Nous reverrons l’importance de ces mots durant la guerre. Rappelons la situation de la Finlande en ce mois de mars 1940. 23.000 tués, 43.000 blessés, 400.000 réfugiés. Une loi agraire est mise en place pour intégrer les paysans caréliens, les chômeurs sont occupés à construire de nouvelles lignes de défense. L’état de guerre est maintenu, l’armée n’est que partiellement démobilisée et le maréchal Mannerheim prépare une réorganisation de l’armée. Le service militaire est porté d’un à deux ans avec un effectif de temps de paix de 175.000 hommes. La menace soviétique est toujours non une hypothèse mais une menace.


Pertes territoriales finlandaises au profit de l'URSS (en rouge) stipulées par le Traité de Moscou (Mars 1940)

Les quatre personnalités importantes du moment sont le Président Kallio, propriétaire terrien, sans connaissance de la politique extérieure, le premier Ministre Ryti, financier, libéral, anglophile, le ministre des Affaires Etrangères Witting, plutôt germanophile mais opposé au nazisme et l’incontournable Maréchal Mannerheim, le héros de la Guerre civile et de la Guerre d’Hiver. Une première tentative d’Alliance nordique échoue devant l’hostilité soviétique.

Le monde européen bouleversé

 Coup de tonnerre, le 9 avril, l’Allemagne intervient au Danemark et en Norvège. France et Angleterre débarquent dans ce dernier pays « pour couper la route du fer » suédois. L’ambassadeur Paasikivi est apprécié du gouvernement soviétique, néanmoins Staline dit des finlandais « ils sont un peuple dont la capacité de compréhension est étonnamment lente. On doit raisonner avec une massue ». Les soviétiques ne comprennent pas que la Finlande négocie, se défende et ce malgré un rapport de force disproportionné .La création le 22 mai de l’Association Finlande-URSS « pour le renforcement des liens pacifiques » est l’apparition ouverte d’une Cinquième Colonne.

 Nouveau coup de tonnerre ! L’URSS occupe les Pays Baltes, le 14 juin la Lituanie, le 17 l’Estonie et la Lettonie. Le Pacte germano-soviétique fonctionne toujours. La nouvelle association Finlande URSS félicite les nouveaux gouvernements soviétiques baltes et crie « A bas le gouvernement, vive la Finlande soviétique, en automne, un nouvel ordre sera établi en Finlande ». La menace est des plus directes.

Un nouveau coup frappe la Finlande, la défaite de la France amie, chère au cœur de Mannerheim et la Grande Bretagne est des plus menacée. L’Europe n’a plus que deux grands puissances, l’URSS et l’Allemagne nazie indifférente aux soucis de la Finlande et alliée de l’ennemi de toujours. Des bruits courent concernant une nouvelle négociation germano-soviétique., la Finlande ne va-t-elle pas en faire les frais ? Un litige survient au sujet de la demande russe de transporter des troupes de la frontière à leur nouvelle base de Hanko, l’armée rouge est renforcée en Carélie. A Berlin,  Molotov ne cache pas l’intention de son gouvernement d’annexer la Finlande. Est-ce la fin de son indépendance ?

Changement de politique allemande

 Mais le 20 juillet 1940, Hitler décide d’envahir l’URSS, décision connue seulement de quelques généraux de haut rang. Pour le général von Brauchitsch, la Finlande est «un objectif politique et une voie d’attaque en cas de guerre ».

 De façon très discrète, l’Allemagne va se rapprocher de la Finlande. Il ne faut pas oublier que la Finlande a entretenu depuis plusieurs siècles des relations commerciales via la Baltique. De Gand à Viipuri, le commerce hanséatique a fleuri. Les relations culturelles ont été importantes, en particulier au XIXème siècle, nombre d’étudiants préférant faire leurs études supérieures en Allemagne plutôt qu’en Russie. Les artistes finlandais  s’y rendent avant d’aller en France. L’allemand est la première langue étrangère enseignée jusqu’en 1945. Une fraternité d’armes existe également au travers des Jääkäri, les anciens membres finlandais du 27ème Jäger bataillon qui ont combattu les russes de 1915 à 1917 mais qui ont exigé de ne pas combattre contre les Alliés. Ils seront les cadres de l’armée blanche en 1918 et  les colonels et les généraux de l’armée finlandaise de 1939. Mais comme tous les finlandais, ils n’ont aucune sympathie pour le national- socialisme. Il n’existe d’ailleurs que quelques groupuscules ayant une attirance pour ce régime, telle « la Finlande montante » créée en septembre 40 et qui disparaitra dans l’été 41. L’anti sémitisme n’existe pas en Finlande. Les raisons économiques sont importantes car la Finlande dépend de l’Allemagne pour ses matières premières et alimentaires. Mais à l’inverse, l’Allemagne s’intéresse beaucoup aux mines de nickel de Petsamo.

 La première mission officieuse est conduite par un ancien lieutenant- colonel, Veltjens, ami de Goering. Le Reichsmarschall a toujours gardé des contacts avec la Suède, patrie de sa première épouse et il a une certaine sympathie pour la Finlande. Veltjens propose à Mannerheim un peu d’armement, 178 canons danois et des mines antichars « par faveur spéciale de Hitler ». Mais surtout il sonde le maréchal sur une autorisation de transit via la Finlande pour les garnisons de l’extrême nord de la Norvège (comme l’accepte déjà la Suède) mais uniquement pour les permissionnaires et malades. Mannerheim qui sera toujours réservé vis-à-vis des allemands en informe le premier ministre Ryti qui aurait donné son accord. Un accord est signé le 12 septembre mais fort imprécis. Il est prévu un maximum de 5.538 soldats via le port d’Oulu, Rovaniemi, Ivalo, Petsamo et finalement Kirkenes. Le premier navire accoste immédiatement à la stupéfaction du chef de la police d’Oulu qui croit à un débarquement, appelle le ministre de l’Intérieur qui n’est pas au courant. Le gouvernement ne sera informé de l’accord que le 24 septembre ! Deux jours plus tard la Grande Bretagne déclare qu’il y a rupture de la neutralité finlandaise et l’Union soviétique en fait de même. Quelques jours après commence la livraison du matériel militaire français prévu début 39 et capturés par l’armée allemande. A l’opposé 15.000 membres de l’association Finlande-URSS se préparent à la guerre civile. Soviétiques et allemands se disputent les mines de Petsamo (concession britannique), le nickel étant un métal hautement stratégique.

Le 12 novembre lors d’une rencontre Molotov-Ribbentrop, ce dernier confirme que la Finlande restera dans la zone d’influence russe. Encore une duplicité ! La Finlande l’a-t-elle appris ? Une dernière tentative d’une Union Suédo-Finlandaise a lieu, une union politique et économique. Le roi de Suède  Gustave V serait le chef commun des deux pays et le maréchal Mannerheim le commandant des deux armées.

Suite au décès du président Kalio, des élections ont lieu où, malgré les pressions soviétiques, Ryti est élu face à Pasikivi (il le sera de 1946 à 1956).

 Dans la première Directive « Barbarossa », la Finlande est exclue du plan, l’armée de Norvège reste limitée à la protection des côtes face à l’Angleterre. Le 30 janvier 41, à Berlin, le chef d’état-major finlandais, le général Heinrichs, a une conversation amicale avec son homologue allemand, le général Halder, dans un esprit de vieille fraternité d’armes. Un ballon d’essai, si une guerre avait lieu entre l’Allemagne et l’URSS, la Finlande pourrait-elle entreprendre une action vers Leningrad ? Réponse négative. Ce même mois, la crise rebondit au sujet de Petsamo et l’on craint un coup de force soviétique. La Finlande lâche du lest, propose l’annulation de la concession britannique et la création  d’une société mixte 51% finlandaise 49% russe. Le gouvernement soviétique refuse et exige le contrôle politique. Dans ce contexte, arrive mi-février une mission militaire secrète avec, en particulier, le chef d’état-major de l’armée de Norvège. Les finlandais se rendant compte qu’ils ne pourront défendre Petsamo, laissent entendre qu’un soutien allemand serait le bienvenu et « si nous pouvions reprendre nos territoires perdus ». Certains historiens considèrent que la collaboration a commencé à cette date. Mais la Finlande ne pense pas en termes d’offensive mais défensive. Un mauvais point pour le gouvernement finlandais, il ne s’oppose pas à la création en Allemagne d’un bataillon SS finlandais et ce contre l’avis de Mannerheim qui le fera revenir en 1943.

 Une bonne nouvelle enfin avec un certain dégel des relations avec l’URSS  grâce au nouvel ambassadeur Orlov. Une livraison immédiate de 20.000 t de blé est effectuée. Est-ce pour contrecarrer l’influence grandissante de l’Allemagne ? Des rumeurs de guerre entre l’Allemagne et l’URSS courent en Europe. Le 20 mai, un envoyé spécial d’Hitler auprès du président Ryti explique les différents avec l’URSS et propose une collaboration militaire et ajoute « il ne faut pas exclure une attaque de l’URSS contre la Finlande ». Une mission militaire finlandaise part à Berlin où le ministre Schnurre leur confirme que l’Allemagne n’a pas l’intention d’attaquer l’Union soviétique. Encore un mensonge ! L’ambassadeur finlandais Kivimäki indique à ses interlocuteurs que la Finlande souhaite que lors des prochaines négociations germano-soviétiques l’indépendance de la Finlande soit garantie par deux parties et que l’URSS reprenne ses livraisons de produits alimentaires et de matières premières suspendues depuis janvier. Quel optimisme alors que les troupes allemandes se massent sur la frontière Est. Mais Staline a bien été aussi trompé.

Le 24 mai, le général Heinrisch part pour Salzbourg avec 4 officiers supérieurs où les attendent les généraux Keitel et Jodl ainsi que le chef d’état-major de l’armée en Norvège.

Mannerheim dit à Heinrisch  avant son départ qu’il ne lui donne pas d’instructions précises, sinon d’écouter, de s’adapter aux circonstances et de ne prendre aucun engagement. Keitel

commence la conférence en exprimant les regrets du Führer de n’avoir pu aider la Finlande lors de la Guerre d’Hiver. Jodl explique les négociations commerciales en cours      avec l’Union soviétique et qu’en cas d’échec la guerre serait inévitable. La Finlande ne peut éviter d’être touchée par le conflit et doit donc prendre ses précautions. Les plans opérationnels sont dévoilés et en particulier la prise de Mourmansk évoquée. De plus deux divisions allemandes, venues sous couvert de l’accord de transit, attaqueraient à partir de la Finlande centrale et avec l’aide d’un corps d’armée finlandais. Une discussion technique a lieu, les moyens finlandais sont limités et son front prioritaire se trouve au sud-est et une division allemande serait nécessaire pour prendre la base soviétique de Hankou libérant ainsi 2 divisions finlandaises. Mais Heinrisch ne prend aucun engagement. Une réponse politique doit être transmise le 2 juin. La méfiance régnait encore au sein du gouvernement finlandais malgré l’attitude amicale des allemands mais refuser de coopérer risquait de voir les divisions allemandes pénétrer de force et les soviétiques de même dans le sud-est. Deux colonels allemands passèrent une semaine début juin à Helsinki et élargirent le rôle de l’armée finlandaise dans la campagne. La machine était en route mais au même moment le gouvernement finlandais rédigeait ses souhaits pour la négociation germano-soviétique .Une situation un peu irréelle. La Finlande était piégée.

 

Les allemands en Finlande

Des mesures préventives sont prises mi-juin. Avec réticence, est acceptée que la Laponie jusqu’à Oulu soit laissée sous commandement allemand avec 2 divisions finlandaises du IIIe

Corps (mais qui ont interdiction de recevoir des ordres allemands en cas d’offensive)  ainsi que le groupe P de Petsamo. Le texte de réponse finlandais à l’Allemagne, le 6 juin, parait accepter les propositions allemandes avec de « belles phrases » de Mannerheim sur sa sympathie et sur la signification historique des propositions allemandes. Il y a deux interprétations à ce document, une allemande qui considère que la Finlande a donné un accord formel et une finlandaise plus restrictive, considérant comme important que les hostilités contre la Russie ne commençassent pas du fait des finlandais ou en utilisant leur territoire.

Entre le 5 et le 21 juin, accostent dans les ports finlandais 74 navires allemands, d’ailleurs sans en tenir informés les finlandais et une unité motorisée vient de Norvège.

Reprenons ces quelques lignes du président Ryti, résumé de son discours aux membres du Gouvernement. « Si une guerre éclatait entre la Russie et l’Allemagne, le monde entier pourrait y trouver son avantage. L’Allemagne est le seul Etat capable à présent de battre la Russie ou au moins l’affaiblir d’une façon importante, et si aussi l’Allemagne s’épuise dans le Jeu, cela ne fera pas de mal au monde. Mais l’affaiblissement de la Russie est la condition de notre salut….Ainsi aussi cruel que cela puisse paraitre, nous devons souhaiter le déclenchement d’une guerre entre l’   Allemagne et la Russie, naturellement en espérant que nous pourrons nous-mêmes rester en dehors du conflit ». Les dés sont jetés. Une mobilisation partielle était ordonnée le 10 juin. Il apparait que le 14 juin l’état-major finlandais ignorait si la guerre allait éclater ou non. Il semble que Mannerheim se soit rendu compte que la guerre était imminente entre le 14 et le 17 juin. Les unités allemandes commencèrent leurs marches vers l’Est. Le IIIe corps doit être prêt le 25 juin. Le 17 juin les réservistes sont rappelés pour une « période exceptionnelle ». L’opération Barbarossa commence le 22 juin à 2 h du matin sans que, semble-t-il, les finlandais en aient été officiellement informés. Le 25 juin, une quinzaine de villes du sud de la Finlande sont bombardées, dont Helsinki, Turku, Joensu, bien qu’aucune troupe allemande ne se trouve dans les parages. Suite à ces bombardements, la Finlande décréte l’état de guerre avec l’Union soviétique. La guerre de Continuation a commencé.

L’histoire de ces 13 mois montre la situation dramatique de la Finlande. La non-participation au conflit aurait conduit à l’intervention armée de l’Allemagne et celle conjointe de l’Union soviétique dans le sud du pays. Laissons le mot de la fin à l’historien  finlandais Heikki Jalanti qui, dans son livre « La Finlande dans l’étau germano-soviétique » résume bien ce dilemme : « Le gouvernement finlandais, tel un homme en train de se noyer et à qui un criminel notoire offre une bouée de sauvetage, commencera- t-il commencera- t-il à demander à son sauveteur un extrait de son casier judiciaire, acceptera-t-il la main tendue »

 

*    *    *

 

SECONDE PARTIE : LA GUERRE DE CONTINUATION

 

Le 25 juin, la Finlande entre en guerre avec une armée supérieure à celle de la Guerre d’Hiver tant en effectif qu’en matériel. De plus elle ne se sent plus seule « l’invincible armée allemande étant à ses côtés. Mais il faut remarquer que les finlandais ne se considèrent pas comme des alliés des allemands (à la différence de ces derniers) mais comme des cobelligérants. Les soldats sont des frères d’armes. Mais ils se battent pour des raisons différentes, les allemands pour écraser le bolchevisme, les finlandais pour reconquérir les territoires perdus en 1940. L’ambiguïté de la situation entre les deux pays perdure.

 

LE CONFLIT

La composition de l’armée finlandaise est la suivante : 16 divisions, de 1 à 19 (les divisions 9, 13 et 16 anciennement carélienne n’ayant pas été reformées), 2 brigades de chasseurs, 1 brigade de cavalerie, plus diverses unités indépendantes dont le groupe P à Petsamo (1 bataillon), soit environ 500.000 hommes, soit 16 % de la population adulte taux le plus élevé de toutes les puissances engagées dans la seconde guerre mondiale.

 

Déploiement des armées finlandaises et allemandes

Armée de Carélie de l’Est

Groupe D  2ème  brig.chas, 1ère brig.cav 

VIème Corps 1ère brig.chas, 5 et 11ème div.

VIIème corps 7 et 19ème div.

Réserve 1ère div.

Armée de l’Isthme de Carélie

IIème corps 2, 15, 18ème  div

IVème corps 4, 8, 10, 12ème div

17ème  div siège de Hanko

14ème  div  Rukajärvi

Réserve  1 Bat.chars  62 T26  7 T28C

163ème  div.All  sous commandement finlandais

Armée Allemande de Norvège

Corps de montagne 2, 3èmes  Geb.Jäg. div

XXXVI corps 169ème  div SS  Nord

6ème  div finlandaise (III corps)

Groupe P

3 Pz. Bat  pz I, II, III

III corps fin. 3ème  div

1 Pz. Bat  pz I, II

 

L’armée soviétique présente sur le front finlandais a été réduite depuis quelques semaines

afin de renforcer le front de l’Est suite au renforcement allemand.

 

Composition :

Isthme de Carélie  23ème armée avec les div. 19 et 50, le 10ème corps mécanisé, soit au total  5 divisions d’infanterie, une division mécanisée et 2 divisions blindées.

Pour mémoire, les unités de Leningrad

 

Carélie de l’Est  7ème armée avec 4 divisions d’infanterie

Front de Mourmansk  à Sala  14èm armée avec le 42ème corps composé de 5 divisions d’infanterie et 1 division blindée

Presqu’île de Hanko  2 divisions

Doit être ajoutée une quarantaine de bataillons non endivisionnés. L’ensemble des forces représente environ  300.000 hommes.


Rapport et positionnement des forces en Juin 1941

 

 

1941                                          Front nord

 

Si le corps de montagne allemand franchit la frontière finlandaise le 22 juin et la 163 div. utilise la voie ferrée suédoise (via Kiruna, avec l’accord suédois) pour rejoindre la Finlande, les hostilités du côté allemand ne débutent que le 25, le gouvernement finlandais n’ayant pas autorisé  d’attaques depuis son territoire  avant une agression soviétique. Le bombardement du sud de la Finlande par 460 bombardiers russes fait lever l’interdiction d’engager les hostilités.  

Les deux divisions de montagne avancent jusqu’à la rivière Litsa  qu’elles ne purent franchir devant la résistance soviétique. Cette position est vitale pour la protection du port de Mourmansk, seul libre de glace durant l’hiver. Début septembre, une nouvelle offensive est tentée qui doit s’arrêter 3 semaines après. Entre temps, le 31 juillet, des avions de la Fleet Air Arm avaient bombardé Petsamo !

Plus au sud, la 169ème, la division SS Nord et le 6ème finlandaise avancent vers Salla repris avec difficulté. L’offensive reprend mi-août pour s’arrêter un mois plus tard. Le commandement demande un nouvel effort en novembre aux finlandais de la 6ème afin d’atteindre la voie ferrée de Mourmansk à Louhi. Cette offensive fait l’objet d’une note très ferme du gouvernement américain qui menace de déclarer la guerre à la Finlande. Le maréchal  Mannerheim, soucieux d’éviter cette rupture (et ce sera une constante durant tout le conflit) donne l’ordre verbal d’arrêter l’offensive. Les conditions du terrain, les moustiques, la médiocre qualité de la division SS (essentiellement des réservistes), les fortifications russes à la frontière autour de l’unique route, la politique finlandaise sont les

raisons de cet échec  et conduit l’état-major finlandais à ramener la 6ème division sous son commandement. Le IIIème corps finlandais réduit à une division attaque plus au sud en direction de Kietinski et de Uhta. L’offensive s’arrête en novembre, la menace devenant trop grande pour la voie ferrée de Mourmansk. N’oublions pas les conditions climatiques à partir de ce mois et que plusieurs lieux avaient fait l’objet de violents combats durant la Guerre d’Hiver tels Salla et Suomussalmi.

 

Front finlandais

La 14ème division finlandaise traverse la frontière le 4 juillet, s’avance vers Repola pris le 8, l’offensive continue le long de l’unique route tracée dans la forêt vers Omelia et Rukajärvi

pris le 11 septembre. Les finlandais avancent encore de quelques kilomètres  et la progression  cesse à mi-septembre.  Des tranchées sont creusées autour de la route et des patrouilles s’enfoncent  dans la forêt. La division reste sur ses positions jusqu’en 1944.

 

L’offensive finlando-allemande à l’été 1941

 Carélie de l’Est

Il s’agit de l’une des deux offensives majeures de l’armée finlandaise, la reconquête de  l’est de la Carélie perdue en 40 avec la ville de Sortavala et le nord du lac Ladoga.

Les forces finlandaises consistent  en les 6 et 7èmes corps fort de 5 divisions, du groupe Oinomen (brig. de cav, 1ère brig.chas avec des ex-chars soviétiques chars BT 26 et 2ème brig.chas) et la 163ème division allemande en réserve.

L’offensive centrale du 6ème corps progresse rapidement, les deux ailes ralenties par une forte résistance soviétique. Le 7ème corps atteint le lac Ladoga. Mannerheim stoppe l’offensive le 24 juillet constatant que l’armée allemande est en retard dans son avance sur Leningrad et soucieux d’un débarquement d’infanterie de marine soviétique sur ses arrières. Le groupe Oinonen avec la 163ème  division allemande continue de progresser vers Suojärvi. Après un mois d’arrêt, l’offensive reprend mi-août, le long du lac Ladoga vers la rivière Svir (6ème corps), vers Prääsä au centre (7ème corps) et en flanc garde Est le groupe Oinomen.

Sortavala est prise le 15 août. Les troupes ayant pris cette ville sont incorporées dans un nouveau corps, le 1er rattaché directement au Haut Commandement.

C’est à ce moment qu’est franchie l’ancienne frontière finlandaise et l’armée finlandaise pénètre en Carélie russe. Cette région peuplée de caréliens, proches cousins des finnois, orthodoxes et n’ayant pas fait partie du Grand-Duché de Finlande. Un certain nombre de voix s’élèvent pour empêcher ce franchement mais les partisans d’une grande Finlande l’emportent et l’offensive continue. Dans son célèbre livre « Soldats inconnus », Väinö Linna

fait dire à l’un des soldats communiste «Et c’est ici .j’veux dire :à partir de maintenant, c’est une expédition de banditisme qu’on fait ».

Le 7ème corps traverse la rivière Tuulosjoki le 4 septembre et atteint Olonets (Aunus) le lendemain. La 17ème division du 7ème corps (venue de la presqu’ile de Hanko) combat durement près de Nurmoila qu’elle prend le 3 septembre. Le groupe  Lagus atteint le même jour la rivière Svir en 3 points. Celle-ci est traversée à Podporoze et le barrage de Syväri est pris par une unité du 6ème corps à La mi-septembre. Coté Nord-Est, Pyhäjäjarvi est pris et des unités du 7ème corps se dirige vers Petroskoi (Pedrozavosk) capitale de la Carélie soviétique au bord du lac Onega. Le groupe Oinomen reste en flanc gauche. Deux divisions du 6ème corps restent sur la rivière Svir ainsi que la 163ème division allemande côté Ladoga. Toutes les autres divisions remontent vers Latva le 18 septembre et Petroskoi qui est attaqué de deux côtés. La ville fut prise le 1er octobre. Au même moment le groupe Oinomen se dirige au nord vers Munjärvi. La 7ème division atteint au sud Voznejseja et le lac Onega. En octobre, la rivière Svir du lac Ladoga à celui d’Onega est entre les mains des Finlandais. Les soviétiques tentent en vain de reprendre la tête de pont de Syväri  et le front stabilisé jusqu’en 1944. Les opérations continuent dans le Nord, le 7ème corps s’empare de Karhumâki (Medvezegorsk) et la brigade K remonte sur Porajârv qu’elle prend le 12 octobre. La 1ère division se dirige vers Kontupohja sur les rives nord du lac Onega. La 8ème division, retirée du front de l’isthme de Carélie, avance Nord- Est entre le groupe Oinomen et la brigade K vers Juustjärvi que la 4ème division (en provenance également de l’isthme de Carélie) attaque par le sud. A la mi-octobre, les 4 et 8èmes divisions, le groupe Oinomen et la brigade K forment un nouveau corps, le 2èmedestiné à combattre sur le flanc gauche. L’offensive est dirigée Est, nord-est vers Paatene, Kontupoja. Cette derrière ville fut abandonnée par les soviétiques le 2 novembre. Le prochain objectif est la ville de Karhurmäki attaquée sur 3 cotés mais la défense soviétique retarde la prise de la ville qui nécessité l’intervention des chars de la ère brigade de chasseurs qui percèrent les défenses le 5 décembre. L’offensive se poursuit jusqu’au canal de Staline et Poventsa. Ce fut la dernière action sur ce front, les tranchées furent creusées et occupées jusqu’en 1944.

 

Troupes finlandaises avançant sur la route de Raate, en Ostrobothnie (Juin 1941)

 

 Isthme de Carélie

Les combats commencent tardivement sur ce front pourtant très symbolique. La raison n’est-elle pas une synchronisation avec l’offensive allemande en direction de Leningrad ?

Trois corps d’armée, soit 7 divisions, passent à l’attaque le 22 août. La 8ème division encercle Viipuri capturant presque toute la garnison soviétique dont un kommandir de division. Le drapeau finlandais flotte à nouveau sur le château de Viipuri le 29 août. Toute la Finlande en fut bouleversée. Les soldats, raconte Vaino Linna, s’interpellait en criant « Viipuri est prise, Viipuiri est prise ». Le 1er corps attaque coté lac Ladoga, le 2ème au cantre et le 4ème le long du golfe de Finlande. Ce dernies corps se dirige ers Koivisto. Le 1er corps regroupé sur les rives

de la Vuoksi, ancienne ligne de défense de la Guerre d’Hiver, poursuit son offensive vers le sud. Les 12 et 18èmes divisions atteignent la ligne Vamelsuu-Kivennnapa le 30 août. Début septembre, l’ancienne frontière de 1939 est atteinte. Le 9 septembre, la libération de la Carélie finlandaise est terminée. L’armée finlandaise a accompli sa mission et s’arrête sur cette frontière et ce jusqu’en juin 1944. Cette campagne sur un front plus limité fut plus rapide et facile que celle de Carélie de l’Est.

En décembre, sont évacués par mer les 35.000 hommes de la garnison soviétique.

Les combats de 1941 ont coûtés à l’armée finlandaise 25.000 morts, à comparer avec les 24.000 de la Guerre d’Hiver.

 

Aspect diplomatique

Le 6 décembre (jour de l’Indépendance de la Finlande !), la Grande Bretagne déclare la guerre à la Finlande à son grand désappointement. La Finlande pensait que les démocraties comprenaient sa situation si difficile et que son combat était celui de sa survie. Petsamo est bombardée par l’aéronavale britannique. Churchill pourtant n’avait-il pas dit deux ans auparavant « Finlande seule, en danger de mort, superbe, sublime Finlande, elle a montré ce que des hommes libres peut faire ». La pression de Staline a été la plus forte.

Situation du front de Finlande à la fin de 1941

 

 

1942 1943 

Le front est désormais stabilisé et ne connaitra que des soubresauts ponctuels.

Positions des troupes finlandaises en Carélie (fin 1941-été 1944), au delà de la frontière d’avant 1940 (en gris)

 

La contre- attaque soviétique la plus importante se produit sur le front de la Svir et commence fin 1941 et dure jusque fin février. Les soviétiques tentent de reprendre Karhumäki et tout le front du 2ème corps est concerné. Le front finlandais résiste et cette violente action soviétique est un couteux échec. Dans l’isthme de Carélie, il s’agit essentiellement d’accrochages de patrouille, l’action la plus mémorable  est la lutte en juillet 42 pour la possession d’une position prénommée Sévastopol. Il faut noter en mars la prise de l’île de Suursaari dans le golfe de Finlande par une opération sur la mer gelée de la 18ème division. Citons le raid de skieurs de la 14ème division qui en janvier coupe la fameuse voie ferrée de Mourmansk et revient à sa base n’ayant subi que des pertes légères. A part quelques opérations de Sissis (5 bataillons de « commandos » créés début 42) déposés par des hydravions légers  détruisent quelques rails.   La pression sur cette voie stratégique est quasi nulle malgré les pressions allemandes. Les instructions de Mannerheim étaient formelles. Les soviétiques ne sont pas de reste et des « partisans » s’infiltrent derrière les lignes finlandaises et attaquent des villages tuant 150 civils finlandais. Le 11 avril une forte attaque soviétique sur la rivière Svir pénètre de 10 km dans les lignes finlandaises  mais le 21 les soviétiques sont rejetés. Le front Maaselkä   entre lac Onega et mer Blanche s’anime également. A la demande pressante des allemands une offensive est menée vers le nœud ferroviaire de Belomorsk par le 2ème corps et s’en rapproche de 100 km en août 42.

Dans le Nord,  le 21 avril, le 3ème corps un moment  en difficulté parvient avec des renforts à annihiler les attaquants.

Sur le front de Mourmansk, après la paralysie hivernale, une brigade d’infanterie de marine soviétique tente un débarquement derrière les lignes de l’armée de Norvège.

A partir de mai 42, tous les fronts se calment et le réveil en juin 44 sur l’isthme de Carélie sera rude.

Le front de Finlande pendant l’année 1942

 

Maintenir une armée de 500.000 hommes est pour la Finlande pays, de 4.000.000 d’habitants, un fardeau trop lourd, en particulier pour l’économie du pays. Aussi, une réorganisation de l’armée fut conduite à partir de début 42. 100.000 soldats âgés furent renvoyés dans leurs foyers. Le projet de transformer toutes les divisions est abandonné et seules les 6 et 12èmes divisions sont transformées en brigades. En janvier 43, le 6ème sera d’ailleurs recrée. Une division blindée (Pansar division) est créée en avril 42 à Petroskoi, composée de la 1ère brig. de chasseur à 3 bat. d’infanterie motorisée, 1 comp. motocycliste et 1 bat. antichar, d’une brig. de chars à 2 bat. (35 chars T 26 et T 28), d’un bat.de canons d’assaut (15 BT 42), d’un reg. d’artillerie et d’une batt. Anti-aérienne.        Sont créé également 5 pelotons indépendants de chars légers et d’automitrailleuses. Inutile de dire que tout le matériel est  soviétique, le BT 42, une transformation finlandaise n’est guère une réussite.

Le 4 mars 1942, trois fronts sont créés, dépendant directement du Maréchal Mannerheim.

Front de Maaselkä, au nord du lac Onega

Front d’Aunus, le long de la rivière Svir

Front de l’Isthme, les 65 km de largeur de l’isthme de Carélie

Le général Heinrichs redevient chef d’État-major

 

Mannerheim et Leningrad

Il s’agit d’un point captal de l’Histoire. L’armée finlandaise a reconquit son ancien territoire de l’isthme de Carélie et s’arrête sur celle-ci le 8 septembre, ne poursuivant pas son avance vers Leningrad distante de 30 km. Jodl se rend le 9 septembre à Helsinki pour convaincre Mannerheim de conjuguer une offensive finlandaise  avec celle de l’armée allemande qui arrive en vue de Leningrad. Le refus est net, la Finlande a récupéré ses anciens territoires, ses objectifs de guerre sont atteints. Même refus pour l’utilisation par la Luftwaffe des aérodromes finlandais pour bombarder Leningrad. A diverses reprises, Mannerheim est sollicité pour attaquer au nord de Leningrad. La fameuse « route de la vie » »sur le lac Ladoga aurait pu être également coupée. Deux divisions soviétiques peuvent être retirées de ce front et venir renforcer le front sud. L’attitude du Maréchal a largement contribué à sauver la ville. Hitler est inquiet et se rend le 4 juin 1942 pour féliciter Mannerheim à l’occasion de son 75ème anniversaire. Le nouveau Maréchal de Finlande ne le reçoit, ni à Helsinki, ni à son QG de Mikkeli, mais dans son train de commandement. La visite fut compassée, Mannerheim ne fait aucun effort vis-à-vis de son interlocuteur, se permettant même de fumer devant le Führer qui a horreur du tabac.

 

Mannerheim et l’évolution du conflit

Le Maréchal, officier de l’armée russe pendant 30 ans, a une parfaite connaissance de ce pays et en connait ses qualités et ses défauts. Ayant été contraint de suivre le plan allemand

pour  des raisons politiques et également patriotique, le retour des provinces perdues, il mesure l’immensité du conflit. Si dans les premiers mois, il a été relativement optimiste sur les chances de succès de l’Allemagne, les échecs devant Moscou et Leningrad, mais surtout la catastrophique défaite de Stalingrad le convainc de la défaite inévitable de l’Allemagne. Lors d’une réunion confidentielle avec les principaux dirigeants du pays le 3 février, il leur fait part de sa conviction, causant une stupeur à ses interlocuteurs bercés par la propagande allemande. Avec difficulté, il réussit à les convaincre d’entamer des négociations secrètes avec l’Union soviétique à Stockholm. Paassikivi et l’ambassadeur soviétique, madame Kolontaï se rencontrent à diverses reprises en 1943 La Suède, craignant une occupation militaire de la Finlande par les soviétiques en cas de défaite totale de ce pays, pousse à la négociation. Il en est de même des Etats-Unis qui n’ont pas rompu leurs relations diplomatiques avec la Finlande. Les exigences russes sont trop lourdes bien que ne soit pas demandé la capitulation sans condition et aucun accord n’est obtenu. Berlin veut désormais imposer à la Finlande une alliance politique.

 

1944

Pour forcer la Finlande à capituler, une campagne de bombardement est lancée en février sur les principales villes finlandaises que l’on appela « la bataille d’Helsinki ». La capitale subit trois assauts majeurs que dispersent la DCA et les chasses finlandaise et allemande, celle-ci venant d’Estonie. Mannerheim se rendant compte des faiblesses en armement se son armée est contraint de demander aux allemands 4.000 mitrailleuses MG 42 et de l’artillerie, butin de guerre 60 122mm et 200 152mm, 52 Sturmgeschutz III.   D’autres livraisons, en particulier de Pz IV, sont arrêtées sur ordre d’Hitler qui a perdu confiance en la Finlande.

De nouvelles négociations échouent au mois de février.  La grande offensive se prépare.

 

Situation des forces et fronts au début de 1944

Front du Nord 14ème armée  6 divisions et 8 brigades

Front de Carélie  sur la Svir 2ème armée 14 divisions 32ème armée 3 divisions

Front de Leningrad  à l’ouest 21ème armée  10 divisions   à l’est 23ème armée  8 divisions

11ème armée de l’air  1.500 avions

L’armée finlandaise avait renforcé ses lignes de défense dans l’isthme de Carélie. L’ancienne ligne Mannerheim, endommagée par les combats de la Guerre d’Hiver et en partie détruite après la guerre par les soviétiques, est « retapée ». Une première ligne VT a été constituée derrière la frontière pour freiner l’offensive. Une seconde ligne VKT se trouve entre Vammelsuu et Taipale. Les défilés créés par les nombreux lacs et forêts ont été identifiés pour la rare défense anti-char pour contrebalançer l’écrasante force blindée russe. Une troisième ligne de défense existe de Viipuri à Vuoksi. Les blindés finlandais y sont positionnés pour la contre-attaque. 

Kelijärvi  3ème brig. 

Front de Maasselkä     Rugozero 14ème div

                              Povenetz  2ème corps  1 et 4èmes div.

Front d’Aunus   est       5ème corps  6 et 8èmes div.

                           ouest  6ème corps  17ème div.  21ème brig.

Front Isthme      est      3ème corps  15 et 18èmes div.   19ème brig.

                           ouest  4ème corps  2 et 10èmes div. 

Réserve générale   Viipuri   Panserdiv.   Brig. cav.  4ème bat independant (automitrailleuse)

                                             3ème div.   200ème reg. estonien

 

Offensive de juin sur l’Isthme de Carélie

Bien qu’attendue depuis semaines cette offensive, l’attaque du 9 juin à 05.00 h surprend les finlandais. Plus de 1.500 chars lourds appuyés par 1.000 avions d’assaut Sshturmmovik. Le 30ème corps de la Garde pénétra la ligne finlandaise de 10 km le premier jour. La 3ème division et la Panserdiv. contre-attaquent en vain à Kuuterselkä. La 2ème division tiens ses positons à Siiranmäki mais doit battre en retraite, la perte de Kiiterselkä menaçant son flanc. La 10ème division tenant un point faible des positions finlandaises est mise à mal et un de ses régiments détruit. La brigade de cavalerie essaie de freiner l’avance russe. Les Stu 40 de la Panserdiv. détruisent  29 tanks soviétiques le 12 juin. Un ralentissement de l’attaque soviétique permet un repli vers la seconde ligne de défense. La 4ème division arrive en renfort de la Carélie de l’Est. Une offensive de 4 divisions soviétiques appuyée par de nombreux chars perce le front sur 8 km. Mannerheim pour éviter l’effondrement du front ordonne le repli sur  Viipuri. L’armée finlandaise manque cruellement d’armes antichar et Mannerheim est contraint de demander l’aide des allemands. 9.000 panzefaust sont convoyés le 15 juin par des vedettes rapides en provenance des côtes baltes. Le 17, ces armes permettent la destruction de 34 chars. Le 20 juin, la 20ème brigade abandonne Viipuri et son commandant passe en cour-martiale. Une grande bataille se déroule fin juin-début juillet à Ihantala. L’artillerie finlandaise regroupée casse les colonnes d’assaut soviétiques. L’appui des stukas et de la 303ème brigade de canons d’assaut allemande sont décisifs. L’offensive soviétique est stoppée.


Soldat finlandais armé d’un Panzerfaust en Juin 1944

 

Une nouvelle offensive commence à Vuosalmi et une partie de l’aile gauche finlandaise est tournée. Les finlandais repassent la rivière Vuoksi. Les restes de la Panserdiv viennent au secours de la 3ème division et l’avance soviétique est également arrêtée. 15.000 corps de soldats russes doivent être  enterrés. Une tentative de débarquement dans les îles  du golfe a échoué grâce à la 122ème division allemande. Le front est stabilisé mais à quel coût pour l’armée finlandaise, 44.000 victimes dont 6.500 tués. Les réservistes jusqu’à 42ans sont rappelés.

 

Offensive sur le front de Carélie de l’Est

Les soviétiques attaquent simultanément sur ce front. Petrozavodsk et Salmi sont abandonnés. Le repli finlandais est rendu difficile par le terrain plat et peu boisé qui favorise l’aviation russe. Les pertes sont lourdes. Les 2 et 6èmes corps passent sous commandement direct de Mikkeli. La contre-attaque finlandaise encercle le 10 août deux divisions soviétiques les 176 et 289èmes  divisions à Ilomantsi sur l’ancienne frontière  les obligeant à abandonner tout leur matériel lourd et à se sauver par les bois. Toujours la tradition du Mottai. Ce qui permet à un finlandais de dire « la dernière leçon d’un vieux maître en Motti ». Ce front est également stabilisé.

 


Carte de l'offensive soviétique de Karélie en Juin-Juillet 1944 (source: Earl F. Ziemke, Stalingrad to Berlin: The German Defeat in the East, 1985)

 

 

 

Vers l’armistice

La situation  désespérée du mois de juin a contraint Mannerheim à demander l’aide allemande. Celle-ci n’est accordée qu’en échange, le 26 juin, d’un accord du président de la République, Ryti, de ne pas conclure de paix séparée. Le président Ryti démissionne et la maréchal Mannerheim est élu président de la Finlande « le début d’un chemin de croix » dit-il. La signature de l’accord avec l’Allemagne est considérée comme sans valeur du fait de la démission de Ryti, tour de passe—passe ! La stabilisation du front mais surtout la volonté de Staline d’arriver à Berlin avant les américains et de ce fait retire toutes les troupes de choc du front finlandais pour les envoyer sur le front allemand. Les négociations pour l’armistice peuvent donc reprendre. L’armistice fut effectif le 4 septembre et le traité de paix intérimaire signé le 19 septembre. Les conditions sont drastiques : frontières de 1940, Petsamo devient russe, armée limitée à 30.000 hommes, interdiction des sous-marins, dissolution des organisations de type fasciste, la base de Porkkala pour 20 ans, de lourds dommages de guerre, une Commission alliée de contrôle à Helsinki (c’est-à-dire essentiellement soviétique) et surtout l’expulsion de l’armée allemande du nord de la Finlande dans un délai de 15 jours. Ce sera la troisième guerre de la Finlande, la Guerre de Laponie.

La guerre de Continuation a coûté 65.000 morts aux finlandais, la perte définitive de la Carélie, soit  10 % de son territoire, 400.000 réfugiés. Mais elle est restée indépendante.

Si elle avait choisi la neutralité en 1941, elle aurait été aurait été occupée par l’Union soviétique et son territoire un champ de bataille des deux armées antagonistes. La prudence du maréchal Mannerheim en refusant d’attaquer Leningrad et de couper la voie ferrée stratégique de Mourmansk est un élément décisif qui sauve la Finlande lui attirant l’appréciation des USA et la considération de Staline.

La Finlande sort de ce conflit sans occupation contrairement aux autres pays de l’Est devenus satellites de l’URSS et, malgré une Commission de contrôle et des membres communistes au gouvernement surveillant étroitement ses actions, la Finlande reste une république libre.

 

La guerre navale

La Finlande possède une petite marine essentiellement côtière mais moderne.

2 garde-côtes cuirassés Väinämöinen et Ilmarinen de 3.960 t construits en 1932 armés de 2 canons de 250mm et de 8 de 100mmAA

5 sous-marins de 100 t, 250 t et 490 t construits entre 1930 et 1933

23 vedettes lance torpilles

4 patrouilleurs  construits en 1917

Les sous-marins sont actifs durant l’été posant des mines autour des îles de la Baltique.

Mais en opération de bombardement l’Ilmarinen heurte une mine et coule. 2 vedettes coulent un dragueur de mines. Un convoi d’évacuation de Hanko est attaqué sans succès

le 1er décembre. En 1942, la marine finalise installe des barrages de mines dans le golfe de Finlande et les protèges des dragueurs de mines soviétique et de leur escorte. Les sous-marins font la chasse aux soviétiques autour des îles d’Åland et en coule plusieurs le 21 octobre. L’année 1943 se passe en patrouille et à quai comme base de DCA. Citons la présence d’une flottille de vedettes rapides MAS italienne dans le lac Ladoga. Pendant l’offensive de juin 44, les sous-marins patrouillent dans le golfe de Finlande mais sans succès.

 

La guerre aérienne

L’aviation finlandaise se renforce après la Guerre d’Hiver avec la livraison par l’Allemagne

qui les avait retenus pendant la guerre de 35 Fiat G 50. Au 30 Morane Saulnier MS 406 livré par la France en février 40, s’ajoute 25 capturé par les allemands. Egalement matériel capturé en France, 36 Curtis Hawk 75 (plus 8 trouvé dans des caisses à Oslo !). Autre matériel américain, 44 Brewster F2A-2 livré en avril 40. La chasse finlandaise s’est étoffée au détriment de l’homogénéité. Les Fokker sont rééquipés de moteur Pratt Whitney.

Durant l’offensive de l’été 41, les Morane Saulnier pratiquent l’attaque au sol grâce à leur canon de 20mm. Les Fokker attaquent également la voie ferrée stratégique. Les rencontres avec les chasseurs soviétiques tournent toujours à l’avantage des finlandais compte tenu du faible niveau d’entrainement des pilotes russes. Néanmoins par leur nombre, les chasseurs russes perturbent les vols des bombardiers finlandais.

 

 

Cet article est initialement paru dans le n° 84 Juillet-Août de la revue Histomag 39-45  numéro spécial sur les guerres de Finlande :  http://www.39-45.org/portailv2/download/download-98+histomag-39-45-n-84-juillet-ao-t-2013.php