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Déjeuner du Centenaire

 

France-Finlande fêtera le samedi 2 décembre prochain les cent ans de l'Indépendance de la Finlande dans le prestigieux cadre du restaurant de l'UNESCO (entrée place de Fontenoy).

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Histoire de la diplomatie finlandaise

Notre prochaine conférence se tiendra le lundi 27 novembre prochain, à 18h30.

Pour cette occasion, nous aurons l'honneur d'accueillir la Professeure Kristina Ranki, sur le thème  Histoire de la diplomatie finlandaise: orientations et hésitations de 1880 à nos jours. Mme Ranki est docteur en Histoire de l’Université d’Helsinki, conservateur du Musée Mannerheim à Helsinki et spécialiste des relations franco-finlandaises.

Rendez-vous au siège de l’association « Paris historique » au 44 rue François Miron - 75004 Paris.

Entrée libre

Pour tout renseignement : Jean-Louis Ricot au 06 80 42 18 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 

 

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Juin 1944 en Finlande

 par M. Jean-Louis RICOT

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            Juin 44 fut un mois aussi dramatique en Finlande qu’en France. Depuis le 25 juin 1941, la Finlande avait repris les hostilités avec l’Union soviétique avec comme but  unique de reprendre les territoires perdus lors de la guerre d’hiver 39/40. Cette décision, hautement politique, largement inspirée par le maréchal Mannerheim, arrêta au bout de 3 mois de combats l’armée finlandaise sur l’ancienne frontière finlandaise, à l’exception de l’avancée sur Petrozavodsk, territoire considéré par les partisans de la « Grande Finlande » comme carélien. Une période de deux années de statu-quo s’instaura.

            La Finlande refusa de participer à l’assaut de Leningrad, permettant à cette ville hautement symbolique, de  résister, ainsi que de couper la voie ferrée stratégique de Mourmansk qui acheminait le matériel vital du prêt-bail à l’armée soviétique.

Compte tenu du poids de la mobilisation de 30 % de la population masculine finlandaise,le maréchal Mannerheim renvoya vers des activités civiles 180.000 hommes sur les 630.000 que contenaient l’armée finlandaise.

L’année 1942 ne connut que 2 offensives soviétiques, l’une en janvier sur l’isthme de Maasekä (lac Onega), l’autre sur le Svir en avril. La défaite allemande de Stalingrad en janvier 1943 ne fit que confirmer le pessimisme du maréchal Mannerheim sur l’issue du conflit. En mars de la même année, par l’intermédiaire du gouvernement américain ( qui ne déclara pas la guerre à la Finlande ), Molotov communique les exigences soviétiques : retour aux frontières de 1940, guerre contre l’Allemagne, réparations financières. Le 21 septembre 1943, un quotidien suédois reprend les « propositions » soviétiques en y ajoutant une clause exigeant un  gouvernement plus démocratique » en Finlande. L’Allemagne s’inquiète et commence à dresser des plans d’intervention sur les côtes finlandaises.

            Malgré la position anglaise qui considère la Finlande comme faisant partie de l’Axe et de ce fait exigeant une capitulation sans condition ( déclaration de Casablanca ), Molotov ne réclame pas une reddition sans conditions de la Finlande. Staline lors de la conférence de Téhéran en décembre 1943 laisse entendre le l’on doit prendre en compte le courage de la Finlande dans sa lutte pour l’indépendance !

            L’URSS, après avoir longtemps attendu l’ouverture du second front ( par dérision les conserves américaines livrées à l’armée soviétique sont appelées deuxième front par les soldats ) sait que le débarquement allié aura lieu au printemps 44. Aussi, Staline souhaite t-il terminer le conflit avec la Finlande pour ne se consacrer qu’à l’assaut final contre l’Allemagne et atteindre Berlin avant les américains. Trois bombardements aériens sur Helsinki en février 44 sonnent les 3 coups. Le 26 mars, deux délégués finlandais, Paasikivi et Enckell se rendent à Moscou pour prendre connaissance des nouvelles propositions de paix. L’Allemagne qui a toujours eu une position hésitante vis-à-vis de la Finlande, envoie des armes anti-char début avril, mais le 18 avril gèle l’envoi d’armes à la Finlande Le 28 avril, Staline signe l’ordre d’offensive qui se déclenchera le 9 juin ( soit 3 jours après le débarquement de Normandie ! ).

            L’effort principal est bien entendu concentré sur l’isthme de Carélie. Trois lignes de défense avaient été réalisées durant ces années d’attente. Une première ligne avancée était défendue par 3 divisions et 1 brigade, la ligne de résistance dite VT ( Vammelsuu-Taïpale ) comprenait 2 divisions et 1 brigade. L’unique division blindée finlandaise se trouvait sur la ligne de défense ultime dite VKT ( Viipuri-Kuparssari-Taïpale ). L’ensemble représente 75.000 hommes. En face, les soviétiques alignent 24 divisions, 2 divisions d’artillerie renforcées de 5 brigades d’artillerie ( 400 pièces au kilomètre à certains endroits ), 5 divisions blindées, un millier d’avions. La ligne VT devient le 12 juin la ligne principale de résistance. Une contre-attaque de la division blindée finlandaise échoue le 14 juin. Sous le choc des blindés et le pilonnage de l’artillerie lourde soviétique, la ligne VT est partiellement enfoncée le 15 juin. L’Allemagne, inquiète de la tournure de la situation, commence enfin à livrer des armes modernes ( en particulier des Panzerfaust amenés sur des vedettes rapides ). La Luftwaffe apporte un certain concours à l’aviation finlandaise épuisée. Mais le 20 juin, Viipuri est perdu. La dernière ligne VKT résiste, des renforts finlandais arrivent de tout le pays., une brigade allemande de Sturmgeschütze (chasseur de chars) contiennent l’avance soviétique lors de la bataille d’Ihantala la plus grande qui se soit déroulée en Scandinavie et ce du 25 juin au 7 juillet. Des débarquements de fusiliers-marins ont lieu sur les arrières finlandais mais sont repoussés.

            Entre-temps, à partir du 20 juin, les forces finlandaises se retirent de la position du Svir. Seulement à Ilomantsi, au nord du lac Onega, l’ancienne frontière fut franchie, mais une contre-attaque finlandaise encercla les 2 divisions soviétiques comme durant la Guerre d’Hiver, ce qui fit dire qu’il s’agissait de la dernière leçon de la part d’un vieux maître en motti (c'est-à-dire en découpage en tronçons). Petrozavosk fut abandonné le 28 juin. Une nouvelle ligne de défense, dite U, fut constituée d’urgence au nord de Viipuri mais le 10 juillet, la STAVKA ( grand état-major soviétique ) décidait de l’arrêt de l’offensive. Désormais, le seul but serait Berlin.

            Le 12 juillet, l’URSS informe la Suède qu’elle est prête à discuter des conditions de paix avec la Finlande. Le Président Ryti , qui avait entre temps signé un Pacte avec Ribbentrop s’engageant à ne pas traiter séparément avec l’URSS, démissionne le 1er août rendant ainsi caduc l’accord avec l’Allemagne. Le maréchal Mannerheim est élu président de la République. Les Allemands font des efforts diplomatiques désespérés pour empêcher l’arrêt des combats ( le maréchal Mannerheim reçoit d’Hitler les feuilles de chêne à sa crois de fer ! ) mais le 2 septembre les termes de l’armistice sont acceptés et les relations rompues avec l’Allemagne. Le 5 septembre les combats cessent mais reprendront le 15 entre finlandais et allemands pour ne cesser qu’en mai 1945.et ce pour exécuter l’une des clauses de l’armistice. La paix définitive fut signée à Paris le 10 février 1947.

            Après les mois terribles de la Guerre d’Hiver 39/40, juin 1944 fut un nouveau témoignage de la capacité de résistance de l’armée finlandaise face au déferlement de l’armée soviétique, au prix de 30.000 de ses soldats.

 

Carte de l’offensive soviétique de Viipuri-Petrozavodsk ;
source: Earl F. Ziemke, Stalingrad to Berlin: The German Defeat in the East