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Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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Le Président Urho Kekkonen

Urho Kaleva Kekkonen

Conférence FRANCE FINLANDE du 9 janvier 2014 par Jarkko ARRA

 

 

Après une élection par 300 électeurs, Kekkonen a battu son adversaire social-démocrate K.A. Fagerholm par 151 voix contre 149. Cette élection tendue n’a pas manqué de dramatique ni d’intrigues. Quel électeur (ou électeurs) n’a pas suivi les consignes de son parti ? Il était clair que le SKDL suivait les ordres du SKP, téléguidé pour son comportement au 2e tour par l’ambassade soviétique. De cette manière l’outsider, le vieux Paasikivi, fut éliminé. Selon les prévisions, le match aurait dû être nul et la décision aurait dû se faire par tirage au sort.

La carrière extraordinaire de ce combattant acharné, ambitieux et intriguant et enfin vainqueur mérite l’évaluation de son conseiller proche et estimé, Max Jacobson : « Il était brillamment intelligent avec une mémoire étonnante et il avait une capacité remarquable d’assimiler du nouveau savoir dans de nombreux domaines variés. Il comprenait l’essentiel dans les événements politiques et savait le faire tourner à son avantage, en un mot, un génie politique. »

Pourquoi pas un Machiavelli nordique hors pair ?

 

1er période 1956 – 62  Opposition forte

Le président Kekkonen entre en fonction le 1er mars 1956 et la grève générale éclate pour une durée de 20 jours.

Fagerholm forme son 2ème gouvernement (mars 1956 – mai 1957)

Election du parlement en juin 1958. Le SKDL, le plus grand parti avec ses 50 députés, est laissé en dehors du 3ème gouvernement de Fagerholm, formé par SDP (48), ML(48), KK (29) et SFP (12). Tanner, « coupable de guerre », déjà libéré et élu président du SDP en 1957 et dans le gouvernement il y a deux « tanneriens » (Leskinen et Lindblom). De plus, parmi les ministres du KK se trouve Niilo Kosola, fils de Vihtori qui avait dirigé la marche paysanne à Helsinki en 1930, une grande manifestation patriotique et anticommuniste. Kekkonen, en nommant le gouvernement, a dit que c’est son plus mauvais discours, qu’il n’a pas écrit lui-même.

Kremlin doit « avaler » tout cela et les communistes sont toujours en dehors du gouvernement. En plus de tout cela, le gouvernement précédent avait refusé un visa à un membre du secrétariatdu Comité central du PCUS, O.W. Kuusinen fondateur du SKP, pour participer au 40ème anniversaire du SKP, dirigé par sa fille Hertta. La réaction ne se fait pas attendre : Toutes les négociations bipartites sont annulées, la réception des marchandises déjà commandées est refusée et des rumeurs commençaient à circuler sur les consultationsde l’Accord d’Amitié, de Coopération et d’Assistance mutuelle (AACA ou Traité YYA). L’ambassadeur Lebedev est rappelé à Moscou. Il fait sa visite d’adieu à Kekkonen mais quitte le pays sans rencontrer le ministre des affaires étrangères. A la fin de l’année, les ministres du ML (plus tard SK) quittent le gouvernement. Un nouveau gouvernement minoritaire est formé avec le ML et le SFP (2ème de Sukselainen de janvier 1959  à février 1960). Kekkonen rencontre Khrouchtchev à Leningrad et l’affaire est close. Fin de la crise des « gels de nuit ». Il visitera Kekkonen à Helsinki pour célébrer le 60ème anniversaire de celui-ci.

Kekkonen veut améliorer ses relations avec l’occident et commence par une visite d’État au Royaume-Uni. Le premier ministre H. Macmillan « témoigne de la compréhension pour la politique de neutralité de la Finlande ».

La visite officielle suivante est faite aux Etats-Unis d’Amérique en 1961. J.F. Kennedy avait bien étudié le dossier de la Finlande et avait rencontré Max Jacobson avant cette visite. La conférence de presse est un succès. Kekkonen sait prendre son public et son humour passe bien. « Les Etats-Unis prennent note des engagements contractuels de la Finlande, comprennent les bases de sa politique de neutralité et ont l’intention de scrupuleusement respecter la ligne adoptée par la Finlande. »  Après la visite « en homme de peuple » chez les américains de souche finlandaise il part en vacances avec son entourage le plus proche à Hawaii.

Sur place, il reçoit une note de l’URSS. « Vu la situation critique en Allemagne (2ème crise de Berlin) l’URSS propose de mettre en application les consultations militaires prévues dans l’AACA ». Kekkonen prend la note calmement et envoie son ministre des affaires étrangères A. Karjalainen à Moscou via Helsinki. Un peu plus tard, il rencontre Khrouchtchev en Sibérie à Novossibirsk. Il arrive à le convaincre de renoncer aux consultations militaires en soulignant les réactions négatives pour l’URSS qu’elles susciteront dans les pays scandinaves.

En Finlande, le SDP et le KK se sont entendus sur un candidat commun pour les prochaines élections présidentielles : le Chancelier de la justice, O. Honka. Néanmoins, à la suite des événements décrits ci-dessus, celui-ci renonce à sa candidature. Kekkonen est élu par 199 électeurs. Qu’il ait lui-même participé à la création de cette crise avec les représentants soviétiques ou non, il en était quasi certainement au courant. Pour la deuxième fois l’URSS s’est assurée que « son homme » soit élu.

 

2ème période 1962 – 68 : Opposition dominée

La position du président est forte et l’opposition est dominée à part quelques rares cas d’opposants endurcis. Les crises mondiales occupant les « superpuissances » sont loin, au Vietnam et au Cuba. Pour Kekkonen le risque d’une guerre mondiale est bien réel à Cuba. Au cours de sa visite officielle en France  en automne 1962, le président Charles de Gaulle lui confie qu’il s’était déjà préparé à cette éventualité. Dans l’élection du parlement les partis soutenant Kekkonen ML (SK) et SKDL ont eu 53 députés chacun (majorité de 6 voix). Le 1er gouvernement de Karjalainen est néanmoins formé avec les partis de la droite et avec l’opposition du SDP, le TPSL.

Les gouvernements commencent à durer plus longtemps. Deux PM viennent du ML (SK), un est« intérimaire » et le dernier vient du SDP (Paasio), car à l’élection du parlement en 1966, le SDP devient le plus grand parti avec 55 députés. La gauche est pour la première fois majoritaire depuis 1917. Le SDP, le ML (SK), le SKDL (après 18 ans de « quarantaine » depuis 1948) et le TPSL sont représentés dans le 1er gouvernement de Paasio.

Mais les nuages s’assombrissent à l’est. Khrouchtchev, « l’ami » de Kekkonen, a été déjà écarté en 1964. Les relations avec son successeur Brejnev sont officiellement correctes mais en vérité elles sont froides. Kekkonen devient « l’ami » du premier ministre Kossyguine, concurrent de Brejnev.

Arrive le printemps de Prague et l’occupation de la Tchécoslovaquie en 1968. Le SKP la dénonce, mais le gouvernement se contente seulement de la trouver regrettable. Une minorité soutenant l’intervention soviétique se forme à l’intérieur du SKP. Kekkonen est sous le choc et souhaite un contact avec les dirigeants de l’URSS. Kossyguine arrive en Finlande sur un navire de guerre.

 

3ème période 1968 – 74 – 78 : Plus d’opposition, mais deux ambassadeurs « politiques » de l’URSS se mêlent de la politique intérieure du pays

L’élection du président est devenue une pure formalité. La crise de Tchécoslovaquie aura des suites pour la Finlande. L’URSS est gênée par la position spéciale de la Finlande dans « sa sphère d’influence », car c’est un mauvais modèle pour ses satellites communistes qui rêvent de plus d’indépendance. Alors, le mot neutralité n’est plus utilisé dans les communiqués. Kekkonen se ressaisit en menaçant d’abandonner la présidence et que la Finlande ne prolongera plus l’AACA si la neutralité de son pays n’est pas reconnue. En maigre compromis « L’URSS respecte les efforts sincères de la Finlande vers la neutralité. ». Kekkonen propose aussi une zone dénucléarisée nordique qui est déclinée par la Norvège, principalement visée. Le premier ministre M. Koivisto, étoile montante du SDP, n’est pas mis au courant par le trio Kekkonen, A. Karjalainen (SK) et V. Leskinen (SDP) de l’attitude négative de Moscou envers l’union économique nordique « NORDEK », et continue les négociations avec les pays scandinaves.

A l’élection parlementaire en 1970, le SDP est toujours en tête, la popularité du SKDL ainsi que celui du SK sont en baisse et le TPSL disparaît. Celui du KK est en forte hausse avec un gain de 11 députés. L’ère majoritaire de la gauche se termine avec une perte de 23 places. Le peuple a réagi aux événements de Prague. Kekkonen a des difficultés d’accepter qu’un nouveau parti rural le SMP soit passé d’un représentant à 18 alors que son ancien parti, devenu le SK (Centre), a perdu 11 places. Karjalainen, possible successeur de Kekkonen, forme son 2ème gouvernement et Kekkonen aiguise une nouvelle stratégie pour réparer ces revers politiques.

Il avait probablement pensé à renoncer à la présidence, mais ce combattant ne veut pas quitter l’arène sur une défaite. Il dissout le parlement en 1972 sans changement notable. Il ne veut plus d’élection présidentielle et fait proposer par A. Karjalainen une loi exceptionnelle pour le prolongement de son sextennat de quatre ans jusqu’en 1978. Cette loi exige une majorité aux 5/6 des membres du parlement. Pour obtenir cette majorité, un paquet politique est préparé pour persuader les différents partis avec l’accord commercial avec la C.E.E. pour la droite et une loi augmentant le pouvoir de régulation de l’État sur le marché du travail pour la gauche. Comme la majorité nécessaire au parlement n’est pas en vue, Kekkonen menace de démissionner (fuite d’information Zavidovo). La loi exceptionnelle est votée avec 170 voix contre 28. Karjalainen peut oublier sa candidature de succession, car le « vieux » reste solidement en selle. Il dissout encore une fois le parlement en 1975 éliminant à l’occasion sa bête noire le SMP (plus que 2 places). Les autres changements ne sont pas d’importance. Le SKDL lève la tête une dernière fois avant son long déclin. Ayant gagné son grand pari, sa femme Sylvi meurt en 1974 et cela sera une très grande douleur pour lui. Les premiers signes de sa maladie (athérosclérose) commencent à se manifester.

Sur le front Soviéto-finlandais le PCUS à l’intention de corriger le modèle finlandais en envoyant un de ses fonctionnaires A. Béljakov comme ambassadeur à Helsinki. Il a ou il se donne comme mission de créer une révolution en Finlande. Le mécontentement économique et les mouvements étudiants suivant l’exemple des États-Unis, la France etc. le persuade que le pays est mûr pour une révolution communiste. Il soutient l’aile «  staliniste » du SKP et encourage des grèves en allant jusqu’à inciter les ouvriers contre l’accord UKK que Kekkonen avait réussi, non sans difficulté, d’imposer aux partenaires sociaux. Il arrive soûl à un dîner chez Kekkonen et crée un scandale. Le représentant du KGB à l’ambassade, V. Wladimirov, y est aussi. Le ministre des affaires étrangères de l’URSS Kouznetsov vient en Finlande et Béljakov est remplacé par un diplomate de carrière, V. Maltsev.

Kekkonen lui-même un ancien du EKP (Police centrale de Surveillance) avait compris depuis longtemps l’importance du contact avec le représentant du KGB et il maintenait aussi des relations avec les contreparties britanniques et américaines.

Le KGB est aussi une voie plus efficace et plus rapide vers les sphères supérieures de l’URSS que le chemin protocolaire de l’Ambassade - Ministère des Affaires Etrangères. Wladimirov, qui a tenu ce poste à trois reprises en Finlande est un « primus inter pares », simpleViktor pour de nombreux représentatifs de l’élite politique et économique du pays. Chapeau. La représentation de l’URSS en Finlande est au courant des plans de Kekkonen de renoncer à la présidence et mise déjà sur son « prince héritier » Karjalainen. Kekkonen commence à penser néanmoins et, non sans raison, que personne en Finlande ne peut le remplacer dans les contacts de haut niveau à Moscou et décide de continuer.

La Finlande reconnaît les deux Allemagnes à la fin de l’année 1972 et les consulats généraux deviennent ambassades au début de 1973. L’« Ostpolitik » de W. Brandt a rompu la glace.

Le PCUS ne veut pas oublier l’échec de Béljakovet dès 1973 il remplace l’ambassadeur diplomatique par un autre représentant du parti, V. Stépanov, un carélien de l’Est qui rêve d’une république soviétique fenno-carélienne et de lui-même comme président de cet état. Il parle couramment le finnois et il avait déjà été récemment en poste en Finlande comme représentant du KGB. Il se mêle des affaires intérieures du pays, soutient l’opposition stalinienne du SKP et arrive même à faire démissionner le ministre des affaires étrangères, le quelquefois peu diplomatique Korhonen, qui le surnomme « le mangeur de Finlande, Bobrikov ». Pas une si mauvaise comparaison pour décrire le comportement de ce « diplomate insolent ». Il a dit au successeur de Korhonen, Väyrynen : « Je suis l’ambassadeur d’un grand pays, tu n’es que le ministre des A.E. d’un petit pays. » On dit que Kekkonen a peur de lui. Il ne faut pas oublier qu’il a déjà un certain âge et la maladie ronge peu à peu sa condition physique toujours excellente. La grande idée de Stépanov était une union de défense commune fenno-soviétique, dont la création avait déjà été proposé par les chefs de l’Armée rouge sous la forme de manœuvres militaires communes, déclinées néanmoins par leurs contreparties finlandaises et Kekkonen lui-même. Stépanov convainc le ministre de la Défense soviétique, le maréchal Oustinov, de venir en Finlande pour proposer son idée au plus haut niveau. Le chef des forces armées finlandaises, le général L. Sutela, écarte l’idée et Kekkonen ignore la demande d’Oustinov dans son sauna. Ajouté à ce refus humiliant pour Oustinov un article d’un correspondant pour la Pravda, accepté par Stépanov, où l’on met en garde la Finlande de ne pas prendre le parti de droite KK dans le gouvernement et la mesure de Moscou est pleine. Wladimirov est revenu en Finlande pour la troisième fois en 1977 et Stépanov est muté en 1979 sur une position secondaire du PCUS en sa Carélie de l’Est. Le vice-ministre des A.E. de l’URSS, Zemskov, offre un dîner en l’honneur du sous-secrétaire d’Etat Korhonen. C’est la fin des interventions de l’URSS dans les affaires intérieures du pays et les ambassadeurs soviétiques sont de nouveau des diplomates.

Mais retournons en 1975, année du couronnement international de la politique de Kekkonen. Brejnev souhaitait une conférence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Son but était fixer les frontières existantes et le status-quo en Europe. Kekkonen prend l’initiative et propose une conférence à Helsinki. Un travail considérable de l’ambassadeur Enckell a été nécessaire pour faire accepter l’idée en Occident. Brejnev a atteint son but, mais à la longue la « troisième corbeille » de l’accord concernant les droits de l’homme s’est retournée contre l’URSS et son « empire » qui, petit á petit, a été rongé de l’intérieur par les mouvements contestataires. L’esprit d’Helsinki et la conférence formèrent le sommet de la carrière internationale et de la politique de neutralité de Kekkonen. Mais c’est aussi le crépuscule de sa carrière.

 

4ème période 1978 – 82  Candidat de tous les partis et début de la fin

Même le KK (droite) soutient sa candidature. Pourtant les rumeurs sur sa maladie commencent à circuler. L’affaire Oustinov et le départ de Stépanov, traités ci-dessus, démontrent néanmoins qu’il n’est pas encore obsolète. Il pêche toujours beaucoup et Wladimirov a un bateau de pêche de l’ambassade à sa disposition à Porkkala. C’est au cours d’une visite officielle et de pêche effectuée en Islande en 1980 qu’il a une crise devant la presse présente et est photographiée. On peut se demander qui a gouverné la Finlande jusqu’à sa démission.

Sur le front intérieur on se prépare à sa succession. Kekkonen n’aime pas tellement le PM. Koivisto (1979 – 82) car il est trop indépendant et il garde ses distances envers lui. Est-ce le président ou ceux qui prennent plus en plus de pouvoir en son nom qui essaient de faire démissionner Koivisto pour le remplacer par Karjalainen, candidat soutenu aussi par les soviétiques ? Le président lui indique, qu’il ne jouit plus de sa confiance et qu’il devrait ainsi démissionner. Koivisto répond qu’il a la confiance du parlement et selon les lois finlandaises il n’a pas besoin de quitter son poste uniquement parce qu’il ne jouit plus de la confiance du président. Il reste P.M. et remplace le président à la fin de 1981 et sera élu président. Le jeune loup a vaincu le vieux loup malade qui doit ainsi quitter sa horde.

 

Bilan positif

Avec la confiance des dirigeants soviétiques il a su garder une neutralité nuancée pour la Finlande. Il a su éviter les consultations militaires et les manœuvres communes.

Les intérêts économiques vitaux de la Finlande ont été sauvegardés (Les accords avec AELE, OECD, CEE etc.) malgré la méfiance des dirigeants de l’URSS envers tout rapprochement de la Finlande avec l’Ouest.

Le commerce bilatéral avec l’URSS a développé des nouvelles industries devenues plus tard exportatrices vers le reste du monde (surtout industrie mécanique et construction navale) et les constructeurs finlandais ont eu de grands projets en URSS.

Les échanges commerciaux étaient avantageux pour la Finlande qui livrait des produits finis et recevait des matières premières, énergétiques (pétrole) et des produits semi-finis.

Kekkonen était proche du peuple et très populaire surtout dans le Nord du pays dont il surveillait et soutenait le développement. Sa bonne condition physique a été un exemple pour beaucoup de gens. Il était Urkki pour le peuple.

On a pu construire sur ce bilan positif pour arriver à la Finlande d’aujourd’hui. La part du président Kekkonen dans ce succès est très importante.

 

Bilan négatif

Les bonnes relations avec les dirigeants soviétiques ont aussi eu leur prix.

Kekkonen croyait que l’URSS et le communisme gagnerait la guerre froide. Une grave erreur.

Il a trop laissé les représentants soviétiques se mêler des affaires intérieures de la Finlande. C’était le prix de son propre soutien, décisif à son accès et à son maintien au pouvoir au début de sa présidence.

Il a été un modèle, surtout à la fin de sa carrière, pour beaucoup de politiciens finlandais plus jeunes qui cherchaient le soutien des représentants soviétiques pour avancer sur la scène politique de la Finlande. Tout le monde n’avait pas son intelligence ni sa capacité de jouer dans les deux sens (donnant-donnant).

L’autocensure de la presse continuait. Kekkonen intervenait facilement grâce à  ses « lettres de mon moulin » (lettres de reproches et de rappel à l’ordre). Une importante critique n’était possible que si elle était dirigée contre l’Ouest, pratiquée surtout dans les média de l’extrême gauche.

La politique extérieure de la Finlande, surtout du point de vue de l’Ouest, était trop conciliante envers l’URSS.

En un mot, la démocratie a souffert dans la Finlande de Kekkonen et le mot décrivant cet état de fait était la « Finlandisation ».

Ce comportement a pu être corrigé grâce à Koivisto et facilité par Gorbatchov dans une situation de plus en plus aisée pour la Finlande. Koivisto a proposé la limitation des mandats présidentiels à deux périodes et a limité le pouvoir du président en faveur du parlement. L’élection présidentielle est devenue directe. Il constate aussi que l’AACA n’est plus valide après la dislocation de l’URSS.

 

La Finlande vue par l’URSS durant la guerre froide et dans l’histoire de la Russie

Après la deuxième guerre mondiale les dirigeants de l’Occident ont laissé la Finlande suivant le modèle de Napoléon à Tilsit et de Hitler par le pacte Molotov-Ribbentrop en 1939. Alors aux finlandais eux-mêmes de trouver les solutions nécessaires.

Pour la Russie, et dans le passé pour l’URSS, la Finlande n’a jamais été une direction géopolitique importante, mais une menace pour St Petersburg (Leningrad). Le danger n’était pas le pays en lui-même, mais un agresseur occidental utilisant son territoire pour l’attaquer comme cela a été fait dans une histoire plus lointaine par la Suède et plus récemment par l’Allemagne. Cette menace existait dans les pensées russes, mais elle ne s’est pas réalisée dans la 1ère guerre mondiale (une division allemande au sud de la Finlande) ni dans la 2ème (les allemands en Laponie mais loin de Leningrad).

Staline respectait l’armée finlandaise (guerre d’hiver et arrêt de l’offensive soviétique en été 1944.) Il a corrigé les frontières au sud selon le modèle de Pierre le Grand de 1721. L’AACA lui suffisait. Khrouchtchev avait confiance en Kekkonen et entretenait des relations amicales avec lui. Brejnev considérait que la Finlande était « dans sa poche », mais après les évènements de Tchécoslovaquie le modèle finlandais ne lui plaisait plus. Alors le pays était à nouveau en danger et c’est là que Kekkonen a dû jouer son jeu le plus habile, soutenu peut-être par son ami Kossyguine, mal-aimé par Brejnev.

L’intérêt de l’URSS en Finlande était plus militaire qu’idéologique. Les militaires finlandais étaient réalistes et continuait à défendre leur pays, même en temps de paix. Ils s’attendaient à une attaque venant de l’est, mais officiellement on n’en parlait jamais. Les militaires russes étaient aussi réalistes. Ils voyaient la Finlande comme un pays des camps capitalistes qu’il faudrait occuper sans délai dans le cas d’une guerre avec l’Ouest.

Dans cette mer houleuse Kekkonen a été bon capitaine et a mené son bateau à bon port. Le danger a été écarté mais la Russie est toujours là et l’avenir nous reste inconnu. Comme disait Paasikivi « Nous ne pouvons rien à notre géographie ».

 

La Finlande vue par les États-Unis durant la guerre froide        

Les États-Unis sont loin et les relations sont normalement amicales. Après la 2ème guerre mondiale ils ont laissé la Finlande sous la sphère d’influence de l’URSS, mais ils se sont intéressés au pays car il formait une exception dans cette sphère. Militairement le pays était laissé à son propre sort. Kekkonen était considéré comme un Faust (Le secrétaire d’Etat américain J.F. Dulles a dit de Kekkonen élu président. « Cet homme, nous ne le félicitons pas. ») et le comportement ultra prudent de la Finlande dans certains votes de l’O.N.U ont indigné les américains, sans oublier les très bonnes relations avec Moscou et l’AACA. La rencontre Kennedy-Kekkonen a certainement amélioré son image et la compréhension réaliste de la position du pays. La réponse de Kekkonen aux américains qui ont demandé « Que pouvons-nous faire pour vous ? » a été : « Ne faites rien, car cela peut énerver les soviétiques ».

En 1949, le sénateur Fulbright a fait passer une loi au congrès selon laquelle le reste de la dette de Finlande émanant de la 1ère guerre mondiale a été placée dans un fonds distribuant des bourses (ASLA) aux étudiants finlandais du troisième cycle universitaire. 1700 étudiants ont ainsi pu continuer leurs études dans des universités aux États-Unis. En 1970 la moitié des ministres du gouvernement et 16 % des députés étaient des anciens boursiers de l’ASLA.

Peu à peu, l’Occident a, en général, compris la situation précaire de la Finlande. Le pays a eu un traitement spécial dans ses entrées dans les organisations économiques de l’Ouest. La Finlandisation a laissé sa marque dans l’histoire, mais finalement elle n’a pas eu une grande importance et est vite tombée dans l’oubli.

 

Conclusion

Kekkonen croyait aux relations directes et avec son comportement naturel et son sens de l’humour il est arrivé à lier des contacts amicaux avec certains dirigeants soviétiques. Cela a aidé à trouver des solutions acceptables pour tous les problèmes.

En Finlande c’était une toute autre affaire. Une fois solidement en selle, il savait montrer les dents à ses adversaires et envoyer ses « lettres de mon moulin ». Il avait une volonté de fer pour gagner ses batailles politiques et imposer sa volonté aux autres.

Son ambition et, à la fin, son sentiment d’être irremplaçable l’ont amené à gouverner la Finlande pendant près de 24 ans. La dernière période était de trop et il a fini comme Brejnev et ses successeurs ou comme Mao et Franco etc.

Il voulait dépasser la notoriété de Mannerheim aux yeux du peuple finlandais. Dans le vote lancé par le programme télévisé « les finlandais les plus méritants » Kekkonen s’est placé troisième après les présidents Mannerheim et Ryti.

Mannerheim est le plus grand homme d’État finlandais parce que le pays a eu besoin de lui dans les moments décisifs de son histoire. La devise de son armoirie familiale est « Candida pro causa ense candido » (par les armes pures pour une cause pure). Il est une légende.

Ryti a aussi été appelé aux fonctions suprêmes de l’Etat à un moment décisif durant la guerre. Il s’est sacrifié pour sauver son pays et il a dû en payer un prix très élevé après la guerre. La partie la plus âgée de la population ou les personnes bien documentées se rappellent de sa phrase : « Si j’ai servi mon pays dans le château présidentiel, je peux aussi le servir dans les prisons du château ». L’esprit de sacrifice que reflétaient ces mots a bien été compris par le peuple.

Les armes utilisées par Kekkonen n’étaient pas pures et il a dû faire un pacte avec le diable pour arriver et garder le pouvoir. Pour lui la fin a justifié les moyens. Mais le jugement de l’histoire ne suit pas les sondages. Il est encore beaucoup trop tôt pour faire des listes d’honneur. L’histoire jugera le résultat et les effets des actions de ces trois présidents de Finlande à son heure. Le résultat du travail de Kekkonen est nettement positif et l’histoire oubliera les moyens utilisés. Kekkonen trouvera sa place parmi les grands patriotes finlandais.

 

La conférence de M. Jarkko ARRA

Pour l’Association France – Finlande

Janvier 2014