Uutiset - A l'agenda

Déjeuner du Centenaire

 

France-Finlande fêtera le samedi 2 décembre prochain les cent ans de l'Indépendance de la Finlande dans le prestigieux cadre du restaurant de l'UNESCO (entrée place de Fontenoy).

Réservation et renseignements en écrivant à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

Histoire de la diplomatie finlandaise

Notre prochaine conférence se tiendra le lundi 27 novembre prochain, à 18h30.

Pour cette occasion, nous aurons l'honneur d'accueillir la Professeure Kristina Ranki, sur le thème  Histoire de la diplomatie finlandaise: orientations et hésitations de 1880 à nos jours. Mme Ranki est docteur en Histoire de l’Université d’Helsinki, conservateur du Musée Mannerheim à Helsinki et spécialiste des relations franco-finlandaises.

Rendez-vous au siège de l’association « Paris historique » au 44 rue François Miron - 75004 Paris.

Entrée libre

Pour tout renseignement : Jean-Louis Ricot au 06 80 42 18 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 

 

FaceBookTwitterGoogle+LinkedIn

Viipuri, capitale des Caréliens

 par M. Jarkko ARRA, ancien diplomate

 

En 1293, la troisième croisade des Suédois les conduisit en Carélie du Sud. Pour consolider leur conquête, ils y édifièrent un château fort. Dix ans plus tard, il était devenu une ville : Viipuri, la deuxième plus ancienne de Finlande, après Turku dont la fondation remontait à 1229. On prétend que le fondateur de la ville est Tyrgils Knutsson, le chef de la croisade en Carélie. La rue principale porte son nom : en finnois Torkkelinkatu.

La conquête suédoise a été scellée par la paix de Pähkinänsaari avec Novgorod. Dans le moyen-age catholique Viipuri a été une succursale hanséatique sous la domination de Tallinn.

Les dominicains et les franciscains y avaient leurs monastères. Les noms des ruelles dans la vieille ville finlandaise, rue des Frères Noirs et rue des Frères Gris témoignaient de leur présence historique.

Le traducteur de la Bible en Finnois et le réformateur de la religion en Finlande, Mikael Agricola, a été écolier à Viipuri avant ses études universitaires à Wittenberg, où Luther et Melanchthon enseignaient. Quand Agricola était l’évêque de Turku, le roi Gustav Vasa a divisé la Finlande en deux diocèses : L’Ouest à Turku et l’Est à Viipuri. Mon grand-père, pasteur doyen, habitait avec sa famille au 12 rue Agricola.

Le roi Charles XII guerroyait en Europe de l’Est et contre le Tsar Pierre le Grand et laissait la Finlande à la merci des troupes russes qui terrorisaient la population et en amenaient un grand nombre en esclavage en Russie. Après avoir perdu toute son armée dans la bataille de Poltava il a été obligé de céder le département de Viipuri dans le traité de paix à Uusikaupunki.

La nouvelle capitale russe, construite aussi par ces esclaves finlandais, St Petersbourg, n’était pas loin de Viipuri et influençait fortement son développement. A la fin de 18ème siècle le docteur en droit Heinrich Nicolay de l’Université de Strasbourg et haut fonctionnaire de la Cour Impérial y a acheté son château, Monrepos, au prince de Wurtemberg. Il créa le parc anglais et le travail a été continué par son fils Paul. Monrepos est resté un souvenir nostalgique dans les mémoires des anciens Viborgiens. Katri Veltheim, une cousine germaine de mon père, a écrit un livre » En Promenades à Viipuri » où Monrepos tient une place d’honneur. « Te rappelles-tu de Monrepos ?» fut aussi la chanson favorite dans les années d’après guerre.

Le prince de Wurtemberg et général russe Fredrik Wilhelm avait été nommé gouverneur du département de Viipuri par Catherine II. Le prince gouverneur a noué une relation amicale avec le doyen de la cathédrale, Magnus Alopeus. Ainsi les fils Magnus et David Alopeus ont fait leurs études à Stuttgart. Ils sont devenus des ambassadeurs de Russie et ils ont eu d’autres postes hauts placés dans l’administration du Tsar. Le Tsar était même le parrain de la fille de David et il l’a nommé Vice-roi de Lorraine à Nancy.

Mais revenons à l’époque d’avant Waterloo et plus particulièrement à Tilsit en 1807. Napoléon y incita le Tsar Alexander I à punir la Suède en faisant la conquête de la Finlande, ce qui fut fait en 1808-1809. Dans la paix de Hamina la Finlande fut attaché à la Russie et devint un Grand-duché autonome. Dans « Sa magnanimité » le Tsar a rattaché les régions perdues en 1721 et 1743, appelées « Ancienne Finlande », à son grand-duché en 1812.

La ville internationale de Viipuri avait alors 44% de ses habitants qui parlaient le finnois, 14% le suédois, 12% l’allemand et le reste 30% le russe. Les allemands dominaient, surtout son commerce. Encore aujourd’hui les sociétés comme par exemple Hackman et Starckjohann ont eu leurs racines allemandes à Viipuri. - Les Sportifs de Viipuri ou les Frères Chanteurs de Viipuri et d’autres associations viborgiennes continuent toujours leurs activités en Finlande.

Viipuri prospérait sous la domination des Tsars. Le commerce y croissait surtout après l’ouverture du canal de Saimaa qui amenait les produits de l’industrie forestière du vaste arrière-pays à son port, devenu le plus important port d’exportation de Finlande.

Son marché principal était naturellement St Pétersbourg avec ses industries, ses activités de construction et ses nombreux consommateurs de produits agricoles.

Quand la Finlande fut indépendante et la Russie communiste tout cela cessa d’un coup. Mais d’autres marchés furent trouvés ailleurs en Europe, en Grande Bretagne en premier lieu. Viipuri gardait néanmoins sa position de deuxième ville et son économie suivait le développement rapide du pays. La vie culturelle y était très active et la ville gardait son caractère international avec les écoles en quatre langues. Ses habitants caréliens et ceux d’autres origines avaient la réputation d’être gais, spontanés, en un mot moins sérieux que les autres finlandais.

Tout a changé en 1939-40 quand l’ancien président et récent prix Nobel de la Paix, Martti Ahtisaari, un gamin d’à peine 3 ans, a dû quitter la ville avec la marée de quelques 400.000 réfugiés. Pour les Caréliens le départ fut sans retour en 1944. Ma tante Hely Sarkanen a suivi son mari quand la famille a immigré de Viipuri jusqu’en Angleterre et un de ses fils est professeur et chercheur dans l’Université de Minnesota et dans celle de Chicago.

Notre famille a suivi mon père, lieutenant d’artillerie, à Helsinki déjà en 1929. Je n’avais qu’un an. Mes souvenirs de Viipuri se limitent à ma visite chez les grands-parents paternels en 1938 et à l’enterrement de mon grand-père en 1942 dans sa ville en ruines. Mon père a été parmi les derniers soldats à quitter la ville le 20 juin 1944. Sa  brigade, arrivée le 19 juin à Viipuri en toute hâte du front de Svir  a transporté peu de munition. Ses canons lourds ont tiré sur le cimetière où son père était enterré. Il a commencé à organiser la défense dans la banlieue de l’autre coté du Golfe de Viipuri qui a tenu là et ailleurs dans les alentours de la ville. Viipuri était perdue mais l’indépendance de la Finlande fut sauvée.

Qu’y a-t-il à voir à part le château fort et le parc de Monrepos, déjà mentionnés ? Peut-être ce qui reste du vieux mur, la tour ronde et la tour solitaire de l’ancien hôtel de ville, le dernier hôtel de ville des finlandais et la statue de Tyrgils Knutsson, réinstallée lors des festivités des 700 ans de la ville. La bibliothèque de la ville, dessinée par Alvar Aalto, dont la restauration avance lentement et le musée de l’art, dessiné par Uno Ullberg, situé sur un rocher en face du Golfe et qui sera bientôt une branche de l’Ermitage. La vieille ville en général vaut une promenade et pour faire revivre le tourisme, surtout des finlandais et leurs amis, beaucoup de travaux de rénovation des vieux bâtiments ont été faits récemment.

Chaque fois que je présente mon passeport je suis fier de mon lieu de naissance, Viipuri. Aucune réaction en face, hélas.

En guise de conclusion, une anecdote traduit à merveille le cosmopolitisme de Viipuri ; celle de Knud Möller (d’origines danoises), représentant de la Télévision-Radiodiffusion finlandaise :

Après le sommet de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération à Helsinki en 1975 les rencontres continuèrent ailleurs en Europe. Nous étions en Espagne dans la conférence de presse des ambassadeurs. Les ambassadeurs des principaux pays parlaient leurs langues : respectivement l’anglais, le français et l’espagnol. L’ambassadeur soviétique entama alors son texte en russe. Hélas, il n’y avait pas de traduction prévue et les journalistes protestèrent. L’ambassadeur dit en anglais que le russe est aussi une langue importante et il ne fait que suivre l’exemple de ses collègues anglo-saxons, français et espagnols. Knud Möller se leva et dit dans un russe impeccable : « Monsieur l’ambassadeur nous savons tous que vous parlez un excellent anglais, mais si vous voulez continuer en russe, je suis volontaire pour vous traduire». L’ambassadeur, peut-être intrigué par l’accent et le parler russe d’avant la révolution, demanda : « D’où venez-vous ? » Möller répondit : « D’une ville, où l’on parlait avant quatre langues, mais où l’on ne parle plus aujourd’hui que le russe. » L‘Ambassadeur : « Quelle est cette ville ? » Möller : « C’est Vyborg, Monsieur l’Ambassadeur ! »

L’ambassadeur a continué en anglais...