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Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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Compte-rendu de la conférence du 27 Nov.2014: "Guerre d'Hiver & diplomatie franco-finlandaise"

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Conférence du Jeudi 27 Novembre 2014, à l’Institut finlandais de Paris

"Guerre d’Hiver et diplomatie franco-finlandaise" (1939-1940)

rédacteur : A. BRUILLARD, sécrétaire-général

             Automne 1939 : en accord avec Berlin, l’URSS s’empara de l’est de la Pologne, avant d’attaquer la Finlande isolée : débuta alors la « Guerre d’Hiver », véritable lutte de David contre Goliath. Pendant ce temps, en France, on se languissait dans la « Drôle de Guerre », face-à-face presque immobile qui durait depuis la déclaration de guerre à l’Allemagne, le 3 Septembre.

            Paris ne resta pourtant pas inactif. Gouvernement et Etat-major français poursuivirent le double objectif, d’une part  d’éloigner la guerre du territoire national et de minimiser les pertes françaises, tout en faisant durer les hostilités ; et d’autre part d’isoler l’Allemagne, dans le but de l’épuiser économiquement et moralement. Autrement dit, il s’agissait de reproduire à un moindre coût la victoire de 1918. Le soutien à la Finlande fut une des modalités de cette stratégie globale dont elle constituait l’un des théâtres périphériques. Après le pacte Ribbentrop-Molotov, l’Union soviétique était perçue comme un immense réservoir de matières premières et de denrées agricoles grand ouvert à l’effort de guerre allemand.

            Pour des dirigeants français, la victoire contre l’Allemagne passait donc par des pressions directes sur l’URSS, et si nécessaire par le contrôle ou la destruction des centres de son commerce avec l’Allemagne. A cet égard, l’envoi de troupes que promit le Gouvernement français à celui de Helsinki devait conduire à la prise du port de Mourmansk, à soutenir le front finlandais, voire à menacer Leningrad. Cette stratégie, pour fascinante qu’elle soit, n’en était pas fantaisiste au vu des moyens réels des Alliés ; et, en signant le Traité de Moscou, les Finlandais se résignaient à la dure paix des Soviétiques, plutôt que de croire encore à une bien improbable intervention des Alliés.

            Plus important fut le rôle de la société civile et des médias français. La lutte désespérée de cette petite nation, qui résistait avec tant de détermination et de succès, suscita un grand émoi dans l’opinion française. Aussi, les publications de presse et les initiatives privées se multiplièrent-elles à destination des Finlandais, manifestation d’un premier véritable élan d’amitié franco-finlandaise. Si le soutien des autorités françaises resta en deçà de celui de la société civile, le projet d’une intervention contre l’URSS et la perspective d’un isolement international semble avoir décidé Moscou à renoncer à ses ambitions impérialistes et à opter pour une paix de compromis. Une situation qui n’est pas sans évoquer quelques actualités...

 

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            La conférence débuta par un mot d’accueil de M. Jean-Louis RICOT, président de l’association France-Finlande, qui a rappelé combien la Guerre d’Hiver est un thème cher aux Finlandais. Alors qu’aujourd’hui sa mémoire tend à se perdre dans l’histoire du vaste cataclysme de la Seconde Guerre mondiale, c’est ce moment critique qui a révélé la Finlande à la France. Évènement exceptionnel,  il incarne le courage et l’audace face à une adversité écrasante. Il démontre à merveille que l’esprit d’unité et de dévouement à la cause commune peuvent faire des miracles. Un exemple pour notre temps !

   
Le président de l'Association, M. Jean-Louis RICOT (g.) et l'Ambassadeur de Finlande, S.E. M. Risto PIIPONEN (d.) ; © Cyrille CLÉMENT

            Dans son allocution, l’Ambassadeur de Finlande à Paris, SE. M. Risto PIIPONEN, a replacé les événements historiques de la Guerre d’Hiver dans la perspective notre temps. En effet, si 2014 est l’année du centenaire de la Grande Guerre, elle est aussi celle du 75e anniversaire de l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Quelques jours avant l’invasion allemande puis soviétique de la Pologne, les ministres des affaires étrangères des deux puissances totalitaires avaient signé l’accord Ribbentrop-Molotov, dont les clauses secrètes divisaient l’Europe centrale en zones d’influence. Finlande et Pays baltes étaient abandonnés au giron soviétique.

            L’attaque de l’URSS contre la Finlande fit bien l’objet d’une condamnation de la Communauté internationale et conduisit à son exclusion de l’ancêtre de l’ONU, la Société des Nations ; mais tout ce déploiement d’énergies fut vain. Du côté soviétique, on prévoyait une victoire en trois semaines. Le triomphe aurait dû être célébré le 21 Décembre -jour anniversaire de Staline- par une grande parade militaire sur la Place-Rouge ; et Dimitri Chostakovitch s’était d’ailleurs vu confié la composition d’arrangements inspirés de la musique traditionnelle finlandaise.

            Pourtant, la Finlande résista, et de durs combats eurent lieu pendant plus de trois mois. Les Finlandais subirent des pertes considérables avec plus de 10.000 morts et 400.000 déplacés pour une nation de 3,6 millions d’âmes ; mais ce lourd tribu fut le prix consenti par la Finlande pour garder son indépendante et conserver son régime démocratique. Une perspective que n’entrevirent pas un seul instant les Pays baltes, annexés en Juin 1940, et qui ne recouvrirent la liberté que 50 ans plus tard.

            Alors qu’elle fut très suivie par la presse de l’époque et qu’elle suscita de réelles sympathies en Europe et dans le monde entier, M. PIIPONEN a cependant regretté que la Guerre d’Hiver figure  aujourd’hui en marge des événements de la Seconde Guerre mondiale. Venant au présent, il a rappelé qu’après chute du Mur de Berlin, la guerre était devenue inimaginable aux Européens. En 2014, la situation parait pourtant semblable à celle de 1939, alors que l’Ukraine résiste à une violation de sa souveraineté par la Russie.

 

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            M. Simo BRUMMER débuté sa conférence en fanfare ! A la fois moment d’un douloureux sacrifice et heure de gloire de l’armée finlandaise, la Guerre d’Hiver vaut bien une Porilaisten marssi, l’hymne de l’armée finlandaise.

            Petit-fils du Colonel Lauri HIISI, notre intervenant a d’abord présenté cet ancêtre qui fut -en tant qu’attaché militaire de l’Ambassade de Finlande à Paris et pendant toute la durée de la Guerre d’Hiver- un observateur avisé et un informateur du gouvernement de Helsinki sur les événements de la guerre en France et l’état de l’opinion française, ainsi qu’un relai du Cabinet et de l’Etat-major français auprès des autorités finlandaises. M. BRUMMER assuma lui-même, au cours de sa carrière, la fonction d’attaché commercial de l’Ambassade de Finlande à Paris. Les archives personnelles du Colonel ont été le support de l’intervention de M. BRUMMER, qui les a découvertes dans « Torpa » (maisonnette de campagne) de son grand-père. Elles représentent un riche panel de correspondances officielles, de rapports et de projets d’Etat-major, de lettres personnelles et d’articles de la presse française. Elles permettent de connaitre les déclarations officielles, la perception qu’avait le public français du conflit finno-soviétique et l’élan d’amitié et de solidarité qu’il suscita, mais également les tractations secrètes des dirigeants politiques et militaires.  A cet égard, ces archives illustrent bien la tâche des diplomates de cette époque, lesquels, alors qu’ils demeuraient les interfaces d’une diplomatie discrète de Cabinets, devaient de plus en plus intégrer l’opinion publique dans l’élaboration de stratégies d’influence et de mobilisation.

            Né dans les premières années du 20e siècle, le Colonel HIISI fit partie, au lendemain de l’Indépendance, de la toute première promotion de l’école des officiers de l’armée finlandaise, en 1919. Issu d’une famille de paysans finnois modeste de l’intérieur du pays, il avait été admis en tant que boursier dans le prestigieux lycée normal de Helsinki, appelé en finnois « Norssi ». Au moment de son intégration à cet établissement, avant la Première Guerre mondiale, son directeur lui avait demandé de changer de nom, pour en choisir un qui soit à consonance suédoise, alors élite intellectuelle et administrative du pays ; or, le pays devenu indépendant, le voici à nouveau convoqué par ce même directeur -décidemment bien préoccupé se suivre les méandres de la politique nationale-, qui le pria alors à nouveau de faire appel à son imagination : « au diable, pourvu que ce soit un nom finnois ». La formation, tout comme le nom du Colonel HIISI -qui signifie « petit diable »- sont donc de bonnes illustrations des retournements de l’histoire finlandaise au début du 20e siècle.

 

I. L’irruption de la guerre prend le Gouvernement de Helsinki au dépourvu et marque l’échec des initiatives de la Communauté internationale, mais le sursaut patriotique des Finlandais fait naitre une résistance opiniâtre et inattendue, admirée dans le monde entier.

             En 1939, la Finlande était un pays encore largement agraire ; il est néanmoins relativement aisé, et un premier essor industriel a eu lieu dans les secteurs du papier et du textile. On assistait au développement du travail des femmes finlandaises, qui furent d’ailleurs les premières au monde à bénéficier des pleins droits de vote et d’éligibilité, en 1906. Sur le plan culturel, les années 1930 sont marquées par les œuvres de Jean SIBELIUS ou d’Axel GALLEN-KALELA. La Finlande se préparait à accueillir les Jeux olympiques de 1940, qui étaient censés de dérouler à Helsinki. L’organisation d’un tel événement constituait une grande responsabilité pour la jeune République de Finlande ; et le Colonel HIISI -déjà en poste à Paris- avait alors été contacté par le Comité français des éleveurs, qui entrevoyaient d’importants débouchés dans l’approvisionnement en vivres des festivités.

            Cet horizon clair s’assombrit pourtant pour la Finlande au Printemps 1939. Alors que le pacte de non-agression signé avec l’URSS en 1932 garantissait l’intangibilité de la frontière entre les deux pays, ce principe fut alors remis en cause par les Soviétiques. Prétextant que Leningrad se trouvait à portée de canon de la frontière finlandaise, ils revendiquèrent de la repousser à l’intérieur de la Carélie finlandaise. Des discussions entre l’Ambassadeur Boris JARTSEV et gouvernement finlandais échouèrent, tandis que les clauses secrètes du Pacte RIBBENTROP-MOLOTOV -inconnue des Finlandais- laissèrent Moscou libre d’agir en Finlande. De nouvelles négociations eurent lieu à Moscou en Octobre et début-Novembre, simultanément à des grandes manœuvres militaires et à la mobilisation du contingent dans les deux pays. C’est dans ce contexte tendu, quelques jours après l’échec définitif des négociations, que survint, le 26 Novembre, l’incident de Mainila. La presse française relate avec précision cet épisode dramatique. L’URSS accusa la Finlande d’avoir tué ou blessé une dizaine de soldats par des tirs d’artillerie sur son territoire ; l’appel au calme fut rapidement suivi de l’attaque surprise de l’Armée rouge, sans déclaration de guerre préalable, le 30 Novembre.

            Le conflit débuta sous de mauvais augures pour les Finlandais, alors que le rapport des forces est largement en leur défaveur. Après la mobilisation générale, l’armée finlandaise ne put opposer que 330.000 hommes à plus d’un million dans les forces soviétiques. Ils ne disposent que de 32 chars légers, dont une vingtaine de Renault FT-17 achetés à la France après la Première Guerre mondiale. De manière générale, les gouvernements qui se succédèrent au cours des années 1930 négligèrent les dépenses militaire ; et le pays ne put guère compter que sur quinze jours à deux mois de munitions et de vivres, d’où son besoin pressant d’une aide internationale massive.

            Tandis que l’armée finlandaise concentra l’essentiel de ses forces sur la Ligne Mannerheim - un ensemble de fortifications construit à partir des années 1920 sur l’isthme de Carélie-, l’Armée rouge prévoit quant à elle de fixer les Finlandais au Sud, de les attaquer au Nord, et de couper le pays en deux, par une offensive conduite en Ostrobothnie. Le conflit s’ouvrit par des bombardements aériens soviétiques sur les villes (notamment Helsinki et Viipuri), les infrastructures industrielles et de transports. Pendant le conflit, ces bombardements causèrent un millier de morts et deux milliers de blessés civils dans 700 localités et au cours de plus de 2.700 opérations ; or, la vive indignation internationale força rapidement les Soviétiques à renoncer à cibler les villes et à se concentrer sur des objectifs militaires. Néanmoins, Helsinki fut vidée des 4/5ème de sa population dès le mois de Décembre, et de nombreux enfants sont envoyés en Suède.

            L’objectif de l’URSS dans cette guerre apparut rapidement être la « soviétisation » de la Finlande. A cette fin, elle érigea un gouvernement finlandais fantoche, dit « gouvernement de Terijoki », lequel proclama la République démocratique finlandaise dès le 1er Décembre 1939. Son président, Otto WILLE KUUSINEN, était l’un des principaux dirigeants du Komintern et le chef du parti communiste finlandais installé en exil à Moscou, où il s’était lui-même réfugié en 1918 ; il fut par ailleurs l’un des rares étrangers à avoir été enterré sur la Place Rouge, en 1964. Dès le premier jour des hostilités, il fut donc clair pour les Finlandais que l’URSS ne se contenterait pas d’une simple révision de sa frontière en Carélie, mais que l’indépendance nationale était en jeu. Une large union patriotique se forma tant au Parlement que dans la population, éveillant une force collective qui fut la clé du miracle de la Guerre d’Hiver.

            À l’étranger, la presse française s’indigne de l’agression. Une plainte du représentant finlandais -l’ancien Ministre des Affaires étrangères HOLSTI- est déposée auprès de la SDN, dont l’Assemblée vote le 12 Décembre une résolution appelant à la fin des hostilités. Le refus de l’URSS (le 13) entraina son exclusion le 14 Décembre, et de l’adoption d’une nouvelle résolution de la SDN appelant la Communauté internationale à fournir aide matérielle et humanitaire. Les voisins scandinaves de la Finlande, la Suède et la Norvège déclarèrent néanmoins leur neutralité.

M. Simo BRUMMER s'exprimant devant l'auditoire ; © Cyrille CLÉMENT

II. Les victoires finlandaises sont relayées par la presse française et suscitent l’enthousiasme de l’opinion publique qui organise son soutien à la Finlande.

             Entre le 6 et le 20 Décembre, les Soviétiques attaquèrent la ligne Mannerheim. A la faveur de la nuit et grâce à l’emploi de skis, les chasseurs finlandais commandés par le Colonel TALVELA s’avancèrent à l’intérieur des positions soviétiques et prirent l’adversaire à revers, lui infligeant des pertes considérables, lors de la bataille Tolvajärvi (12 Décembre). Cette attaque permit en outre aux Finlandais de se saisir de chars et de matériel lourd. Ce premier succès finlandais dans cette lutte désespérée suscita l’enthousiasme de l’opinion publique française et commença à éveiller l’intérêt des dirigeants politiques pour la cause finlandaise.

            Ce soutien international fut conforté par la victoire finlandaise à Salla (Laponie), du 19 au 21 Décembre, qui stoppa nette une offensive soviétique dans le Nord du pays. La presse française publia alors le journal d’un officier soviétique tué (« le carnet d’Igor »). Dans ces pages, « Igor » écrivit son scepticisme quant aux buts de la guerre contre la Finlande ; il évoqua les conditions terribles des combats et le moral abattu de ses soldats. Surtout, il est surpris de la durée de la guerre et de la résistance acharnée des Finlandais, alors qu’on leur avait dit qu’ils seraient accueillis en libérateurs. Il révèle aux Français l’état lamentable de l’Armée rouge et la démoralisation de ses soldats.

            Une lettre que le chef d’Etat-major MANNERHEIM écrivit en Français (leur langue commune) au Colonel HIISI, le 31 Décembre 1939, illustre l’importance dans le rapprochement franco-finlandais de la référence à des valeurs communes. Le futur président finlandais souhaitait une année 1940 glorieuse pour l’armée française et la victoire de celle-ci sur l’Allemagne. Il évoquait l’idéal partagé par la France et la Finlande qu’est la culture, l’humanité et la justice.

            L’armée finlandaise s’illustra à nouveau lors de la bataille de la route de Raate, du 1er au 7 Janvier 1940. Les Soviétiques intensifièrent alors leur offensive en Ostrobothnie, destinée à scinder le pays en deux. Après s’être avancé jusqu’à Suomosalmi, ils opérèrent une retraite sur l’unique route traversant une importante zone marécageuse gelée. Une division blindée fut alors stoppée, encerclée et entièrement détruite par des chasseurs finlandais, légèrement armés et très mobiles grâce à leurs skis. Cette bataille acheva d’édifier le mythe du « miracle » de la Guerre d’Hiver dans toute l’Europe.

            La forte implication des femmes finlandaise dans la guerre aviva la sympathie de l’opinion mondiale. Appelées les Lotta Svärd, ces femmes volontaires jouèrent un rôle important dans tous les domaines, y compris à des fonctions militaires non-combattantes, ce qui permit de concentrer les hommes sur le front. Des correspondances se développèrent entre Français et Lottas, comme par exemple celle qu’entretinrent l’explorateur français Paul-Emile VICTOR et Vivica BANDLER, actrice de théâtre et metteur en scène finlandaise qui avait étudié à Paris. Une de leur lettre fut d’ailleurs publiée dans la presse française. L’image favorable de ces femmes volontaires fut un élément mis à profit par le Chef d’Etat-major MANNERHEIM dans sa stratégie de communication directe à l’égard de la population française. Parfaitement francophone, il offrit une interview au journal France-Soir dans laquelle il remercia les Français pour leur soutien et évoqua le courage et le sourire des Lottas, tout en appelant à une aide internationale accrue.

            Les initiatives privées se multiplièrent en France, à l’instar du Comité d’Assistance de la Finlande, animée par Sophie MANNERHEIM, la fille du maréchal. L’action humanitaire des Français se traduisit, entre autre, par l’envoi de chaussettes contenant des lettres d’encouragement, mais également l’envoi sur place d’ambulances conduites par des femmes, regroupées au sein d’une section sanitaire automobile.

            À partir de Février 1940, la pression de l’offensive soviétique dans l’Isthme de Carélie devint insupportable. La Ligne-Mannerheim fut bientôt percée, tandis que la Finlande commençait après trois mois de mobilisation générale à souffrir de pénurie. Les demandes d’assistance de firent de plus en plus pressantes. Le presse s’en fit le relai, et elle s’alarma de ce qu’elle appela le « Verdun finlandais ».

 

III. Plus rhétorique et démonstratif que concret, le soutien du gouvernement français n’en fut pas moins ferme et résolu, et la pression qu’il exerça sur les soviétiques contribua à la paix.

             Le soutien des autorités française se fit plus modeste. L’aide militaire concerna le don d’une trentaine d’avions M-406, ainsi que la livraison de pièces d’artillerie, de véhicules et de matériels légers. La Grande-Bretagne, et surtout l’Italie, livrèrent cependant davantage d’armes, et quelque 12.000 volontaires combattirent en Finlande, dont une large majorité de Suédois. Le soutien politique était fondé tant sur l’argument moral de l’union face aux totalitarismes, que sur la nécessité pragmatique de priver l’Allemagne des ressources de l’URSS.

            Cet appui s’inscrivait donc dans une stratégie européenne globale de la France qui fut clairement manifestée dans un rapport du général SERRIGNY intitulé « Appui de la Finlande et guerre totale ». Rédigé en Mars 1940, il y projetait une intervention directe des Alliés aux cotés de la Finlande, dans le but d’isoler l’Allemagne, soit en forçant l’URSS a coopérer, soit en lui imposant un blocus. Il prévoyait une opération française sur le port de Mourmansk, afin de bloquer les exportations soviétiques de blé, des raids aériens sur les sites pétroliers du Caucase, et si nécessaire une offensive franco-finlandaise sur Leningrad. Dans un même temps, les Britanniques seraient intervenus à Narvik (Norvège), en vue de prévenir une intervention allemande en Scandinavie. Pour fantaisiste qu’il puisse paraitre, ce projet révèle néanmoins la cohérence de l’analyse stratégique de la situation, l’état d’esprit des Français qui, malgré l’absence de moyens suffisants, se considéraient comme une grande puissance mondiale, un soutien moral aux peuples opprimés, tout en souhaitant éloigner le plus possible la guerre de leur propre sol. Du reste, cette perspective d’isolation internationale et d’intervention des Alliés contribua vraisemblablement à infléchir la position de l’URSS, alors que la situation militaire était en train de tourner à son avantage, et favorisa l’ouverture des négociations à Moscou, qui débouchèrent sur le Traité de paix du 12 Mars 1940.

 

            En conclusion, M. BRUMMER a souligné le fait que cette guerre, malgré son terrible coût humain et matériel, a unifié la nation finlandaise par un esprit de solidarité et de dévouement à la cause commune. Cet esprit de la Guerre d’Hiver n’a pas disparu de la mémoire du peuple finlandais, pour qui il est un exemple de courage, de fraternité et de résilience, une illustration de ce qu’avec de l’union et de la volonté, la situation même la plus désespérée n’est jamais perdue. La France a beaucoup contribué à cet effort tant moralement que matériellement, et son soutien fut essentiellement celui de la société civile, alors que les prises de position du gouvernement devaient tenir compte d’équilibres délicats. Il a achevé son propos en adressant un « grand merci aux Français qui nous ont soutenu », avant de clore son intervention par quelques notes de la Marche d’Austerlitz, dont la musique -la même que celle de la Porilaisten marssi finlandaise- fut composée au 18e siècle avant que différentes armées européennes ne se l’approprient. Cela doit nous rappeler que l’Europe est un tout, et que la Finlande en faisait partie bien avant de rejoindre l’Union européenne, il y a vingt ans seulement, en 1995.

 

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Le mot de la fin est revenu à Jean-Louis RICOT qui a remercié les intervenants et a souligné la difficulté pour la France d’apporter une aide politique et militaire tangible à la Finlande du fait du difficile accès depuis l’Europe occidentale, et la neutralité résolue de la Suède et de la Norvège. En fin de compte, la Guerre d’Hiver constitue un événement mémorable de l’histoire de l’Europe qui a révélé la « force de la volonté finlandaise ».