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Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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Compte-rendu de la conférence du 13 Oct.2014 « 1945 : année de tous les périls : la Finlande et le lourd prix d'une indépendance sauvegardée »

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 Conférence de rentrée de l’Association France-Finlande

le lundi 13 Octobre 2014 à l’Institut finlandais de Paris

 

« 1945 : année de tous les périls : la Finlande et le lourd prix d'une indépendance sauvegardée »

 rédacteur : A. BRUILLARD, secrétaire

            Dans la nuit du 21 Avril 1945, la police politique finlandaise pénètre dans un immeuble d’Helsinki. Elle y arrête un petit groupe d’immigrés russes arrivés après la Révolution bolchévique. Après qu’elle les eut remis au NKVD soviétique, ils sont déportés dans les goulags de la Kolyma, au fin-fond de la Sibérie. Ils y passeront une dizaine d’année.

 

            Le 70e anniversaire de la signature de l'armistice finlando-soviétique était l’occasion de revenir sur ces années décisives que furent pour la Finlande celles de l’immédiat après-guerre. Années de péril, elles voient l’inquiétude grandir dans le pays quant à une prise de pouvoir des communistes, et avec lui le spectre de l’occupation... Ce sont aussi des années-charnière, le point de départ du « miracle » finlandais. Alors qu’à cette époque tout ce que touchait Moscou devenait rouge, la Finlande est l’exception qui confirme la règle. Parvenue à se dégager de ces périls, le pays a réussi à se constituer en pivot entre l’Est et l’Ouest, et à développer un modèle socio-économique original et performant. Une trajectoire fascinante que nous rappelle M. Heikinheimo, ancien ambassadeur de Finlande.

 

            Elément méconnu de l’histoire finlandaise, le destin tragique des Russes Blancs de Finlande rappelle que si ce pays put effectivement préserver son indépendance et sa neutralité durant toute la Guerre Froide, ce fut au prix d’importants sacrifices et par un jeu constant d’équilibriste auquel se prêtèrent ses dirigeants successifs. La « grande histoire » se comprend mieux à la lumière de la multitude des destins individuels. Le témoignage de Mme Juquelier-Verigin -fille d’un des déportés du 21 Avril 1945- apporte à cet égard une contribution inédite et émouvante.

 

 

I.- 1944-1948 : pourquoi la Finlande n’est-elle pas devenue communiste ?

 

            Après une présentation de M. Jean-Louis Ricot, président de l’association, M. Mikko Heikinheimo s’est intéressé aux enjeux de l’immédiat après-Guerre en Finlande, abordant la question de savoir comment le pays n’était-il pas devenu communiste.

 

Un destin atypique en Europe centrale.

 

            La Finlande partage de nombreuses caractéristiques communes avec les pays de l’Europe centrale et orientale, à commencer par sa proximité géographique avec la Russie. Pourtant, alors que l’Europe de l’Est bascule rapidement sous l’emprise de Moscou, la Finlande résiste à ce mouvement. Selon M. Heikinheimo, deux raisons expliquent cette trajectoire exceptionnelle.

 

Une situation favorable à l’issue de la Guerre.

 

            D’abord, la Finlande sort de la Seconde Guerre mondiale dans une situation certes ambigüe, mais plutôt favorable. Belligérante dès l’hiver 1939, elle est engagée dans une série de trois guerres, au cours desquelles elle combat d’abord seule, puis contre les Soviétiques et enfin contre les Allemands. Elle est au côté du Royaume-Uni, le seul pays européen combattant à n’avoir jamais été occupé. De plus, elle ne s’est formellement engagée ni du côte de l’Allemagne, ni de celui des Alliés. Ainsi Staline n’a t-il aucune troupe en Finlande au moment de l’armistice de Septembre 1944. Il juge alors que l’occupation du pays serait déraisonnable au vu du nombre de troupes qu’elle nécessiterait. Au final, la présence soviétique se limita à l’établissement d’une base militaire à Hanko, qui que Moscou rendit d’ailleurs aux Finlandais au moment de leur adhésion à l’ONU, en 1955, pour démontrer sa bienveillance.

 

Une situation politique intérieure favorable

 

            La seconde raison concerne les forces politiques finlandaises. Les communistes n’étaient pas aussi fort en Finlande que dans les pays d’Europe centrale et orientale ; et bien qu’il exista pendant la guerre un gouvernement finlandais pro-communiste en URSS, il ne put s’imposer en 1945. Les communistes finlandais participèrent néanmoins au gouvernement d’après-guerre et occupèrent d’importantes fonctions dans l’Etat et l’administration. Contrôlant le Ministère de l’Intérieur, ils établirent une liste de personnalités politiques à arrêter en cas de nécessité, sur laquelle figurait notamment le président de la République Kekkonen. Une dichotomie existait ainsi entre le pouvoir de droite et pouvoir communiste qui contrôlait la police. L’action du ministre de l’Intérieur communiste Leino fut ambigüe, mais elle conduisit à un dénouement de cette situation. Bien qu’il ait collaboré avec le NKVD soviétique, il se révéla en tant que patriote lorsqu’il ébruita un complot, conduisant l’armée à établir l’état de siège au printemps 1948. Cet événement permit d’affaiblir les partis extrémistes et une reprise en main du pouvoir par les modérés. La Finlande n’eut pas de président de gauche avant 1981.

 

            Alors que le printemps 1948 fut marqué du Coup de Prague, il est au contraire le moment d’une prise d’indépendance décisive pour la Finlande. Au même moment, la signature de l’accord d’association finlando-soviétique permit la fondation d’une économie sociale de marché, résolument tournée vers l’exportation de produits industriels. En fin de compte, les réparations en nature au profit de l’Union soviétique furent largement compensées par le développement économique du pays. Beaucoup moins « finlandisée » que ce que les pays occidentaux ont pu croire, la Finlande le fut beaucoup plus que les Finlandais ont bien voulu avouer...

 

II.- Le témoignage de Mme Juquelier-Verigin : la petite histoire dans la grande, ou un autre regard sur l’histoire de la Finlande et des relations finlando-soviétique.

 

            Le livre de Marianne Juquelier-Verigin est une enquête sur la vie d’un père dont les aléas de l’histoire l’ont privé, la recherche d’une réponse à l’énigme posée par l’aventure incroyable de cet homme.

 

 Carte de la Fédération de Russie (source : dictionnaire Larousse)

Une jeunesse bouleversée

            Fille d’un couple de Russes Blancs installé en Finlande depuis la Révolution bolchévique, Mme Juquelier-Verigin avait cinq ans, lorsque la police politique finlandaise arrêta son père et 18 autres Russes Blancs. Il faut dire que la famille Verigin avait déjà une mauvaise expérience de la police secrète. Avant 1917, membres de l’Intelligentsia libérale sous, ils avaient eu affaire à l’Okhrana et avaient été déchus de leur nationalité russe. En 1945, la police finlandaise était aux mains des communistes, qui reprochaient à ces « Blancs » leur activisme anti-communiste et les soupçonnaient d’avoir comploté contre le pouvoir moscovite durant la guerre. Remis au NKVD, les 19 hommes écrivent une lettre à leurs épouses, les invitant à refaire leur vie dans l’éventualité de leur disparition. Destination finale : les goulags de l’extrême-Est sibérien, parmi lesquels celui de Magadan. Un « enfer blanc » tristement connu pour les mines d’or de la Kolyma, et que les écrits de Varlam Chalamov[1] ont rendu célèbre. Condamné pour 10 ans de travail forcé dans les forets de Sibérie, M. Verigin fut libéré au bout de 9 ans... à condition de rester en URSS. On sait par ailleurs que 11 parmi les 19 retournèrent en Finlande, où ils furent indemnisés par le gouvernement d’Helsinki. Le père de l’auteure demeura quant à lui à Magadan, où il se remaria et mourut en 1968. Elle n’en eut plus jamais de nouvelles, sa mère ayant opté pour l’Occident et préféré rompre les ponts avec un passé douloureux.

 

Russe Blanche par la cœur et par l’esprit, imprégnée par une enfance finlandaise, mais Française par la grâce de Catherine II !

            L’histoire de la famille de Mme Juquelier-Verigin est décidément marquée par celle des révolutions européennes. De son côte maternelle, elle est en effet issue d’émigrés français ayant fuit la Révolution française, mais à qui Catherine II avait accordé de conserver leur nationalité. Ils l’ont conservé au fil des générations. Aussi, recrutée par la légation française d’Helsinki, la mère de l’auteure décida, peu après l’arrestation de son époux, de partir pour la France.

 

« Boucler la boucle » : le pèlerinage à Magadan

            En 2010, notre conférencière se rend à Magadan pour y revivre la déportation de son père. Elle y mène une véritable enquête de terrain, qui la mène sur les lieux où il a vécu et à rencontrer sa belle-famille russe. Elle parcourt la « route des os », qui reliait la ville aux mines d’or lointaines ; mais le point haut de ce voyage fut l’émouvante découverte de la tombe de son père, qu’elle repeignit... avec de la peinture finlandaise ! Construite par prisonniers de guerre japonais, Magadan vit toujours au rythme de l’or. Le goulag a définitivement disparu en 1991. Isolée du reste de la Russie, la ville n’est accessible que par avion ou par bateau. Inauguré par le président Eltsine, un monument baptisé « larmes de chagrin » commémore le passé douloureux de ce lieu.

 

            En conclusion, M. Ricot s’est félicité de l’aboutissement et du caractère émouvant de cette recherche généalogique émouvante. Un parcours tragique, mais passionnant dans des temps mouvementés. Un autre aspect (très personnel) de l’histoire de la Finlande !

 

Référence bibliographique :

 

Marianne Juquelier-Verigin, Mon père, absent et si présent, Almathée, 2013;       
http://editions-amalthee.com/article.php?sid=2946

 



[1] V. Chalamov, Les Récits de la Kolyma, Verdier, 2003.